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Combien de Sénégalais vivent en union polygame ? Les chiffres clés

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min6 sources
Illustration : un médaillon avec deux alliances, devant le monument de la Renaissance africaine à Dakar, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Quel est le taux de polygamie au Sénégal ?

Selon le recensement de 2023 (RGPH-5), publié par l'ANSD en juillet 2025, 35,5 % des personnes mariées vivent en union polygame au Sénégal : 47,4 % des femmes et 20,2 % des hommes. La plupart des polygames ont deux épouses. Pew Research estime que 23 % de la population vit dans un foyer polygame.

Sommaire
  1. Combien de Sénégalais vivent en union polygame ?
  2. Pourquoi les chiffres diffèrent-ils entre hommes et femmes ?
  3. Combien d'épouses compte un foyer polygame ?
  4. Les coépouses vivent-elles sous le même toit ?
  5. Où la polygamie est-elle la plus répandue ?
  6. La polygamie a-t-elle reculé depuis les années 1970 ?
  7. Que dit la loi et combien de mariages sont déclarés ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Combien de Sénégalais vivent en union polygame ?

Un peu plus d'une personne mariée sur trois vit en union polygame au Sénégal : 35,5 % selon le cinquième Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH-5), réalisé en 2023 par l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) [1]. Le rapport thématique « État matrimonial et nuptialité », publié en juillet 2025, donne 47,4 % pour les femmes mariées et 20,2 % pour les hommes mariés [1]. Au recensement précédent, en 2013, la proportion était de 35,2 % : elle n'a presque pas bougé en dix ans [1].

Ces taux portent sur les seules personnes mariées. Dans l'ensemble de la population de 12 ans et plus, 49,8 % des personnes sont mariées (54,8 % des femmes et 44,6 % des hommes), 45,5 % sont célibataires, 3,2 % veuves et 1,3 % divorcées [1]. Les autres situations, dont l'union libre, ne dépassent pas 0,2 % des réponses [1].

D'autres sources donnent des ordres de grandeur différents, parce qu'elles ne mesurent ni la même population ni la même unité. La fiche Sénégal de l'indice SIGI de l'OCDE (2019) reprend une étude de De Vreyer et Lambert publiée en 2016 : 23 % des hommes mariés et 35 % des femmes mariées y étaient en union polygame [2]. Pew Research Center compte, lui, des personnes vivant dans un ménage : dans son rapport de décembre 2019 sur les modes de vie dans 130 pays, 23 % des Sénégalais vivent dans un foyer polygame, et ces foyers représentent 13 % des ménages [3].

Le chiffre de Pew provient de l'Enquête démographique et de santé (EDS) de 2017, comme l'indique l'annexe consacrée aux sources par pays [4]. Il s'agit donc d'une enquête par sondage, plus ancienne que le recensement, et d'une définition centrée sur le logement plutôt que sur le lien conjugal.

La polygamie au Sénégal selon le recensement de 2023 (RGPH-5, ANSD, 2025)

IndicateurValeur
Personnes mariées en union polygame35,5 % (35,2 % en 2013)
Femmes mariées en union polygame47,4 %
Hommes mariés polygames20,2 %
Milieu rural / milieu urbain39,4 % / 32,2 %
Région la plus concernée : Kaffrine47,6 % (60,9 % des femmes mariées)
Région la moins concernée : Dakar27,4 % (39,0 % des femmes mariées)
Nombre moyen d'épouses par homme polygame2,2
Mariages non déclarés à l'état civil52,1 % (65,5 % en milieu rural)

Pourquoi les chiffres diffèrent-ils entre hommes et femmes ?

Les taux féminins sont plus élevés parce qu'un homme polygame n'est compté qu'une fois, alors que chacune de ses épouses est comptée séparément. Au recensement de 2023, 79,5 % des hommes mariés n'ont qu'une épouse ; les autres en ont au moins deux, ce qui multiplie le nombre de femmes concernées [1]. Parmi les femmes mariées, 52,6 % sont en union monogame, 31,2 % sont premières épouses d'un polygame, 13,7 % deuxièmes, 2,1 % troisièmes et 0,4 % quatrièmes [1].

Le calendrier du mariage creuse l'écart. L'âge moyen au premier mariage est de 23,1 ans pour les femmes et de 30,0 ans pour les hommes, soit près de sept ans de différence [1]. À population égale, les femmes mariées sont donc plus nombreuses que les hommes mariés, ce que confirme la répartition par état matrimonial citée plus haut.

Les démographes Philippe Antoine et Marc Pilon l'expliquaient dès 1998 dans une Chronique du CEPED (Centre français sur la population et le développement) [5]. Un grand écart d'âge au premier mariage, combiné à une population jeune où chaque génération est plus nombreuse que la précédente, est selon eux une condition essentielle d'une polygamie massive [5]. Le remariage rapide des veuves et des divorcées, et le passage direct de certaines jeunes femmes du célibat à une union polygame, alimentent aussi le phénomène [5].

Combien d'épouses compte un foyer polygame ?

Deux, dans la grande majorité des cas. Le RGPH-5 compte 16,9 % d'hommes mariés ayant deux épouses, 2,4 % en ayant trois, 1,1 % en ayant quatre et 0,1 % en déclarant cinq ou plus [1]. Le nombre moyen d'épouses par homme polygame est de 2,2 au niveau national, de 2,3 en ville et de 2,2 à la campagne [1].

L'étude de De Vreyer et Lambert reprise par l'OCDE va dans le même sens : seules 20 % des unions polygames y comptent plus de deux épouses [2]. Les cas déclarés de cinq épouses ou plus, très rares, dépassent la limite de quatre fixée par le Code de la famille ; le recensement enregistre la situation décrite par les ménages, pas sa conformité au droit.

Le Sénégal se situe dans la moyenne régionale observée par les démographes. En 1998, Antoine et Pilon relevaient que, dans les enquêtes africaines, le nombre moyen d'épouses par polygame variait entre 2,0 et 2,5, et que les bigames représentaient plus de 80 % des polygames [5]. Ils notaient aussi que le taux de polygamie des hommes mariés restait généralement inférieur à 30 % [5].

Les coépouses vivent-elles sous le même toit ?

Pas toujours. Selon l'étude de De Vreyer et Lambert citée par l'OCDE, 31 % des hommes polygames ont des épouses qui ne vivent pas avec eux [2]. Une épouse peut résider dans une autre maison, un autre quartier ou une autre ville, le mari partageant son temps entre les foyers.

Cette dispersion pèse sur les statistiques. Pew Research définit un foyer polygame comme un ménage où au moins une personne vit avec plus d'un conjoint : deux épouses qui tiennent chacune leur propre ménage ne sont pas comptées [3]. Dans une note de décembre 2020, le centre reconnaît que ce mode de calcul peut sous-estimer la pratique, puisque certains polygames ont des épouses vivant chacune dans un logement distinct [6].

La taille des ménages explique aussi la place de la polygamie dans la vie quotidienne. Selon Pew, le ménage sénégalais compte en moyenne 8,9 personnes, et la personne moyenne vit dans un ménage de 13,5 personnes, l'un des chiffres les plus élevés au monde [3]. La cohabitation de coépouses, d'enfants de plusieurs mères et de parents élargis y est fréquente.

Où la polygamie est-elle la plus répandue ?

La polygamie est plus fréquente à la campagne, dans les régions du centre et chez les personnes peu instruites. Le RGPH-5 relève 39,4 % de personnes en union polygame en milieu rural contre 32,2 % en ville ; pour les femmes mariées, l'écart va de 51,4 % à 44,0 % [1]. La différence existe, mais elle reste modérée : même à Dakar, plus d'une femme mariée sur trois est en union polygame [1].

Les écarts régionaux sont plus marqués. Kaffrine arrive en tête avec 47,6 % des personnes mariées, et 60,9 % des femmes mariées, suivie de Sédhiou (43,2 %), Kaolack (42,6 %), Diourbel (42,5 %), Louga (42,1 %) et Kédougou (41,5 %) [1]. Les taux les plus bas s'observent à Dakar (27,4 %), Ziguinchor (27,5 %) et Matam (27,6 %) [1].

L'instruction joue dans le même sens. Le taux est de 39,1 % chez les personnes mariées sans niveau d'instruction et de 21,6 % chez celles qui ont fait des études supérieures [1]. Parmi les femmes diplômées du supérieur, 34,1 % sont toutefois en union polygame, ce qui montre que la pratique traverse tous les milieux sociaux [1].

La polygamie a-t-elle reculé depuis les années 1970 ?

Très peu chez les femmes mariées. Selon la Chronique du CEPED de 1998, 48,5 % des femmes mariées vivaient en union polygame au Sénégal en 1978 et 47,3 % en 1992 [5]. Le recensement de 2023 donne 47,4 % [1]. Les sources ne sont pas strictement comparables, des enquêtes par sondage d'un côté et un recensement de l'autre, mais l'ordre de grandeur n'a guère changé en près d'un demi-siècle.

Le recul apparaît en revanche quand on rapporte la polygamie à l'ensemble des femmes, mariées ou non. Entre 1978 et 1992, la part des femmes de 15 à 49 ans en union polygame est passée de 40 % à 33 %, selon Antoine et Pilon [5]. Les auteurs l'attribuent au mariage plus tardif et au divorce, qui augmentent la part des femmes hors union sans modifier la situation de celles qui sont mariées [5].

Le mariage continue de reculer en âge. L'âge moyen au premier mariage, de 21,2 ans pour les femmes et 28,0 ans pour les hommes en 2002, atteint 23,1 et 30,0 ans en 2023 [1]. L'écart d'âge entre époux, l'un des moteurs de la polygamie, reste en revanche stable autour de sept ans. Pour la comparaison avec les pays voisins, voir cinquante ans d'enquêtes sur la polygamie en Afrique de l'Ouest.

Le Sénégal se situe en dessous du Burkina Faso et du Mali. Pew estimait en 2020 que 36 % de la population burkinabè et 34 % de la population malienne vivent dans un foyer polygame, contre 11 % en Afrique subsaharienne et environ 2 % dans le monde [6].

Que dit la loi et combien de mariages sont déclarés ?

La loi sénégalaise autorise la polygamie dans la limite de quatre épouses. Selon l'OCDE, le futur mari choisit lors du premier mariage entre la monogamie, une polygamie limitée et le régime de droit commun, qui permet jusqu'à quatre épouses ; ce choix vaut pour la vie et ne peut être modifié que pour réduire le nombre d'épouses [2]. Une femme ne peut avoir qu'un seul mari [2]. Le fonctionnement de ces options est détaillé dans notre article sur le Code de la famille sénégalais.

Une grande partie des unions échappe pourtant à l'état civil. Le RGPH-5 indique que 52,1 % des mariages ne sont pas déclarés : 40,5 % en ville et 65,5 % à la campagne [1]. Les régions de Kolda (72,1 %), Sédhiou (69,0 %) et Kaffrine (66,8 %) sont les plus touchées, et la proportion tombe de 57,5 % chez les femmes sans instruction à 15,7 % chez les diplômées du supérieur [1].

Ce défaut de déclaration a des conséquences juridiques. L'OCDE observe que les épouses d'un mariage religieux ou coutumier non enregistré ne peuvent pas faire valoir les droits liés au mariage, notamment pour la garde des enfants et la pension alimentaire [2]. Les statistiques du recensement, elles, enregistrent la situation déclarée par les ménages, que le mariage ait été inscrit ou non à l'état civil.

Questions fréquentes

Quel est le taux de polygamie au Sénégal ?

Il est de 35,5 % des personnes mariées selon le recensement de 2023 (RGPH-5), publié par l'ANSD en juillet 2025. Le taux atteint 47,4 % chez les femmes mariées et 20,2 % chez les hommes mariés. Pew Research estime de son côté que 23 % des Sénégalais vivent dans un foyer polygame, d'après l'EDS de 2017.

La polygamie est-elle en baisse au Sénégal ?

Non, elle est presque stable chez les personnes mariées. Le taux est passé de 35,2 % en 2013 à 35,5 % en 2023, et la part des femmes mariées en union polygame était déjà de 48,5 % en 1978 selon le CEPED. Le mariage plus tardif réduit en revanche la part des femmes concernées dans l'ensemble de la population.

Pourquoi plus de femmes que d'hommes sont-elles en union polygame ?

Parce qu'un polygame est compté une fois et chacune de ses épouses séparément. Les femmes se marient aussi plus jeunes, à 23,1 ans en moyenne contre 30,0 ans pour les hommes en 2023. Les femmes mariées sont donc plus nombreuses que les hommes mariés.

La polygamie est-elle plus fréquente à la campagne ?

Oui, mais l'écart est modéré. Le recensement de 2023 relève 39,4 % de personnes en union polygame en milieu rural contre 32,2 % en ville. Même à Dakar, 39,0 % des femmes mariées vivent en union polygame.

Quelle région du Sénégal compte le plus d'unions polygames ?

Kaffrine, avec 47,6 % des personnes mariées et 60,9 % des femmes mariées en union polygame en 2023. Suivent Sédhiou, Kaolack, Diourbel et Louga, toutes au-dessus de 42 %. Dakar, Ziguinchor et Matam ont les taux les plus bas, autour de 27,5 %.

Combien d'épouses un polygame sénégalais a-t-il en moyenne ?

Il en a 2,2 en moyenne selon le recensement de 2023. La grande majorité des polygames n'ont que deux épouses : 16,9 % des hommes mariés en ont deux, 2,4 % trois et 1,1 % quatre. Le Code de la famille fixe la limite à quatre épouses.

Qui collecte ces statistiques au Sénégal ?

L'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) conduit les recensements, dont le RGPH-5 de 2023. Les Enquêtes démographiques et de santé (EDS), par sondage, complètent ces données : Pew Research s'appuie sur celle de 2017. Des centres de recherche comme le CEPED les analysent et les comparent entre pays.

Sources

  1. vie-publique.sn — https://www.vie-publique.sn/docs/eb1af5d8-6062-4f84-a1b7-f64200ef9d28/etat-matrimonial-et-nuptialite-rgph-5-2023-ansd.pdf
  2. genderindex.org — https://www.genderindex.org/wp-content/uploads/files/datasheets/2019/SN.pdf
  3. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2019/12/12/religion-and-living-arrangements-around-the-world/
  4. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2019/12/12/appendix-b-data-sources-by-country-3/
  5. archives.ceped.org — https://archives.ceped.org/integral_publication_1988_2002/chronique/pdf/cc_28.pdf
  6. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2020/12/07/polygamy-is-rare-around-the-world-and-mostly-confined-to-a-few-regions/

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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