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La zina dans l'islam malikite d'Afrique de l'Ouest : doctrine et réalité juridique

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 11 min15 sources
Illustration : un médaillon avec un Coran ouvert, devant des baobabs dans la savane, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que dit l'islam malikite sur les relations sexuelles hors mariage ?

Dans le droit islamique classique, la zina désigne toute relation sexuelle hors mariage. L'école malikite, dominante en Afrique de l'Ouest, exige quatre témoins ou un aveu, mais retient aussi la grossesse d'une femme sans mari. Dans les États laïques de la région, ces règles relèvent de la morale religieuse ; la Mauritanie, elle, réprime encore la zina.

Sommaire
  1. Que signifie le mot zina ?
  2. Que disent le Coran et la tradition ?
  3. Quelles preuves le droit islamique exige-t-il ?
  4. En quoi l'école malikite se distingue-t-elle ?
  5. Ces règles s'appliquent-elles devant les tribunaux d'Afrique francophone ?
  6. Que montrent les affaires du Nigeria, du Mali et de la Mauritanie ?
  7. Comment ces règles sont-elles débattues aujourd'hui ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que signifie le mot zina ?

La zina est, en droit islamique classique, le rapport sexuel consenti entre un homme et une femme qui ne sont pas unis par un mariage valide [4]. Le même mot arabe couvre donc ce que le français sépare en « fornication », entre personnes non mariées, et en « adultère », lorsque l'une des deux au moins est mariée. La distinction n'a pas disparu pour autant : elle joue sur la peine, non sur la qualification de l'acte.

Les juristes réservent en effet la lapidation à la personne dite muhsan, c'est-à-dire ayant déjà été unie par un mariage, et appliquent aux autres la flagellation prévue par le Coran [4]. Un célibataire et une femme mariée peuvent ainsi commettre la même zina et encourir, en théorie, des sanctions différentes. Cette construction explique pourquoi les traductions françaises hésitent entre « fornication », « adultère » et « relations illicites ».

Le terme a aussi un sens moral plus large que son sens juridique. Dans la prédication et l'enseignement religieux, la zina est un péché grave dont le croyant doit se tenir éloigné, y compris dans les comportements qui y conduisent. Dans les traités de droit, elle est une infraction étroitement définie, dont la preuve obéit à des conditions très strictes. Beaucoup de malentendus sur ce que « dit l'islam » viennent de la confusion entre ces deux registres.

La preuve de la zina dans le droit islamique classique

Mode de preuveExigence classiquePosition de l'école malikite
TémoignageQuatre hommes ayant vu directement l'acteExigence partagée avec les autres écoles
AveuAveu libre, parfois répété quatre fois ; rétractation possibleAdmis ; la rétractation a fait tomber la condamnation d'Amina Lawal en 2003 (Nigeria)
Grossesse d'une femme sans mariNon retenue par la majorité des écolesOpinion dominante : présomption de zina, appliquée avec réticence
Accusation sans quatre témoinsCoran 24:4 : quatre-vingts coups de fouet pour l'accusateur (qadhf)Règle commune à toutes les écoles

Que disent le Coran et la tradition ?

Le Coran condamne la zina dans plusieurs versets, dont deux servent de base à la doctrine juridique. Le verset 2 de la sourate 24, An-Nur (« La Lumière »), vise la fornicatrice et le fornicateur et ordonne : « fouettez-les chacun de cent coups de fouet » ; il demande aussi qu'un groupe de croyants assiste à la peine [1]. Le verset 32 de la sourate 17, Al-Isra, a une portée plus générale : il invite à ne pas « approcher » la fornication, présentée comme une turpitude et un mauvais chemin [2].

La même sourate 24 encadre strictement l'accusation. Son verset 4 prévoit quatre-vingts coups de fouet contre ceux qui accusent des femmes chastes sans produire quatre témoins, et leur retire pour toujours le droit de témoigner [1]. Cette règle, appelée qadhf (accusation calomnieuse), pèse presque autant que la sanction de la zina elle-même. Elle fait de la réputation d'autrui un bien protégé et décourage la rumeur.

La lapidation ne figure pas dans le texte du Coran ; elle repose sur la tradition prophétique (hadith) et sur la pratique des premiers califes [4]. Le Muwatta de Malik ibn Anas, recueil fondateur de l'école malikite, rapporte une déclaration du calife Omar : la lapidation serait due au muhsan, homme ou femme, en cas de preuve claire, de grossesse ou d'aveu [3]. C'est de cette phrase, transmise dans le chapitre consacré aux peines légales (hudud), que découle la position malikite sur la grossesse.

Quelles preuves le droit islamique exige-t-il ?

Le droit islamique classique n'admet que deux modes de preuve communs à toutes les écoles : l'aveu et le témoignage [4]. L'aveu doit être libre, et certains juristes exigent qu'il soit répété quatre fois devant le juge. Le témoignage suppose quatre hommes ayant vu directement l'acte sexuel lui-même, et pas seulement une proximité ou une cohabitation [4].

Ces conditions rendent la preuve extrêmement difficile, comme le relève l'islamologue Kecia Ali dans les travaux du projet d'éthique sexuelle de l'université Brandeis [4]. La peine légale (hadd) devient, en pratique, une sanction d'exception plutôt qu'une réponse ordinaire. L'aveu lui-même peut être retiré : cette faculté de rétractation a été décisive dans une affaire nigériane célèbre, évoquée plus bas [8].

Le tableau ci-dessus résume ces modes de preuve et la place particulière qu'y occupe l'école malikite. Il faut y ajouter le rôle dissuasif de la règle du qadhf : un accusateur qui ne réunit pas quatre témoins s'expose lui-même à une peine [1]. Les juristes ont donc construit un système où l'interdit moral reste absolu, mais où la sanction publique est entourée de verrous.

En quoi l'école malikite se distingue-t-elle ?

L'école malikite se distingue par le poids qu'elle accorde à la pratique de la communauté de Médine et, sur la zina, par l'admission de la grossesse comme indice. Fondée au VIIIe siècle sur l'enseignement de Malik ibn Anas, elle privilégie la pratique médinoise (ʿamal) pour interpréter le Coran et le hadith ; selon l'Encyclopædia Britannica, elle prévaut aujourd'hui dans tout le nord et l'ouest de l'Afrique [5]. Elle sert ainsi de cadre de référence à la plupart des juristes musulmans de la région.

Ses manuels circulent depuis longtemps au sud du Sahara. La bibliothèque de manuscrits de Djenné, au Mali, conserve par exemple plusieurs copies de la Risâla d'Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, datées entre 1665 et 1950 et numérisées par le programme des archives menacées de la British Library [6]. Ce traité couvre aussi bien la prière et le jeûne que le mariage, le divorce ou les successions [6].

Pour la majorité des écoles, une grossesse hors mariage ne suffit pas à établir la zina. L'opinion dominante chez les malikites y voit au contraire une présomption, selon l'analyse de Kecia Ali [4]. Le Muwatta précise que si une femme enceinte et sans mari affirme avoir été contrainte ou mariée, sa parole n'est pas reçue sans preuve claire, et la peine s'applique [3].

Kecia Ali souligne toutefois que les juristes malikites eux-mêmes se montraient réticents à appliquer cette règle [4]. Les défenseurs des femmes poursuivies ont aussi puisé dans la tradition juridique. En 2003, au Nigeria, les avocats d'Amina Lawal ont soutenu qu'une femme peut porter un « embryon endormi » jusqu'à cinq ans après son divorce, ce qui permettait d'attribuer l'enfant à l'ancien mari [7].

Ces règles s'appliquent-elles devant les tribunaux d'Afrique francophone ?

Dans la plupart des États francophones d'Afrique de l'Ouest, non : les règles de la zina relèvent de l'enseignement religieux et de la conscience des fidèles, pas des juridictions pénales. Le Sénégal, où 97,2 % des habitants se déclarent musulmans selon les statistiques officielles citées par le Département d'État américain, se définit dans sa Constitution comme un État laïque [9]. Le droit musulman n'y intervient qu'en matière familiale : les musulmans peuvent choisir entre le Code de la famille et les règles islamiques pour régler certains litiges, comme les successions [9].

Le même rapport note que de nombreux différends entre musulmans sont réglés de manière informelle par des chefs religieux, surtout en milieu rural [9]. La morale de la zina agit donc par la famille, la mosquée et la réputation, non par le juge. À notre connaissance, les codes pénaux des États laïques de la région, inspirés du modèle français, n'ont pas repris les peines de flagellation ou de lapidation ; plusieurs répriment l'adultère selon une logique propre, détaillée dans notre tableau des codes pénaux. Ce constat général reste à vérifier pays par pays, car les codes évoluent.

La Mauritanie fait exception. Son Code pénal, institué par l'ordonnance n° 83-162 du 9 juillet 1983, range les « peines criminelles houdoud » parmi les catégories de sanctions et cite la flagellation parmi les peines afflictives [10]. Selon Human Rights Watch, son article 307 réprime les relations sexuelles consenties hors mariage ; l'organisation en demandait l'abrogation en août 2020 [11].

HRW souligne un effet indirect de cette incrimination : des femmes et des filles renoncent à dénoncer un viol, car elles risquent d'être poursuivies si le juge considère l'acte comme consenti [11]. En septembre 2026, le projet de loi « Karama » sur les violences faites aux femmes attendait toujours un vote de l'Assemblée nationale, selon RFI [12]. Nous n'avons trouvé aucune trace d'une abrogation de l'article 307 à la date de vérification ; ce point reste à confirmer sur le texte officiel.

Que montrent les affaires du Nigeria, du Mali et de la Mauritanie ?

Ces affaires montrent que la zina ne devient une question judiciaire que là où un pouvoir, qu'il s'agisse d'un État fédéré, d'un groupe armé ou d'un législateur national, l'inscrit dans le droit pénal. Le nord du Nigeria, anglophone mais voisin du Niger, en offre l'exemple le plus commenté. La charia y a été réintroduite dans le droit pénal à partir de 1999, et l'État de Katsina a adopté un code pénal islamique en juin 2001 [7] [8].

Amina Lawal y a été condamnée en mars 2002 à la lapidation après avoir donné naissance à un enfant hors mariage. L'accusation tenait sa grossesse et son statut de divorcée pour une preuve suffisante, tandis que l'homme désigné comme père a été acquitté [7]. Le 25 septembre 2003, la cour d'appel islamique de Katsina, composée de cinq juges, l'a acquittée à la majorité : elle aurait dû être autorisée à revenir sur l'aveu fait lors de son premier procès [8].

L'affaire illustre la tension, interne à la tradition malikite, entre la présomption tirée de la grossesse et les garanties de procédure qui entourent l'aveu. L'appel a d'ailleurs été gagné avec un argument tiré du droit islamique lui-même, le droit de rétracter un aveu [8]. La décision n'a pas aboli la règle, mais elle en a rappelé les limites.

Au Mali, ce ne sont pas les tribunaux de l'État mais des groupes armés qui ont appliqué ces peines pendant l'occupation du Nord en 2012. Fin juillet 2012, à Aguelhok, un homme et une femme ont été lapidés à mort par le groupe armé qui contrôlait la localité. Les récits divergent : selon deux élus locaux cités par l'AFP, il s'agissait d'un couple non marié, parent de deux enfants, tué le 29 juillet [15] ; Human Rights Watch situe les faits au 30 juillet et parle d'un homme marié et d'une femme lapidés pour adultère [13]. Au moins huit hommes accusés de vol avaient par ailleurs été amputés depuis avril [13]. L'épisode est détaillé dans notre article sur Aguelhok.

La Mauritanie, enfin, est le cas d'un État qui maintient l'incrimination dans son code [10] [11]. Les trois situations diffèrent profondément : un État fédéré qui a choisi un code islamique, une occupation armée hors de tout contrôle étatique, un code national adopté en 1983. Aucune ne correspond au droit appliqué par les tribunaux sénégalais, dans un État que la Constitution définit comme laïque [9].

Comment ces règles sont-elles débattues aujourd'hui ?

Le débat porte moins sur l'interdit moral, largement partagé par les fidèles pratiquants, que sur la place des sanctions dans un État moderne. Une enquête du Pew Research Center, menée de décembre 2008 à avril 2009 auprès de plus de 25 000 personnes dans 19 pays d'Afrique subsaharienne, a relevé un soutien « considérable » à la lapidation des adultères chez les musulmans de plusieurs pays, et un soutien nettement plus faible chez les chrétiens [14]. Le même travail montrait qu'une part importante des chrétiens souhaitait aussi faire de la Bible la loi officielle, ce qui interdit toute lecture réservée à une seule religion [14].

Trois positions se dessinent. Une première lecture, ancrée dans la tradition juridique, insiste sur les verrous de la preuve et sur la réticence des juristes malikites à appliquer la peine [4] : l'interdit moral reste entier, mais la sanction publique demeure exceptionnelle. Les groupes armés qui ont occupé le nord du Mali ont défendu au contraire une application immédiate, imposée par la force [13]. Les organisations de défense des droits humains, enfin, demandent la suppression de toute incrimination des relations consenties entre adultes, au nom de la protection des victimes [11].

Le débat se joue aussi dans le droit de la famille, où les responsables religieux pèsent davantage que dans le droit pénal. Au Mali, le rôle des responsables religieux dans l'élaboration du Code de la famille fait l'objet d'un article dédié. La zina reste ainsi, dans la plupart des pays de la région, une norme religieuse vivante sans traduction pénale, tandis que le mariage, la filiation et l'héritage restent des terrains de négociation entre l'État et les autorités religieuses.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre zina et adultère ?

La zina est plus large que l'adultère : elle désigne toute relation sexuelle hors mariage, que les partenaires soient mariés ou non. Le droit islamique classique distingue ensuite les cas selon la situation de la personne, la lapidation étant réservée en théorie à celle qui a déjà été mariée et la flagellation aux autres. L'adultère au sens français ne correspond donc qu'à une partie de la zina.

Pourquoi faut-il quatre témoins pour prouver la zina ?

Le Coran exige quatre témoins de toute personne qui accuse une femme chaste, sous peine de quatre-vingts coups de fouet pour l'accusateur (sourate 24, verset 4). Les juristes en ont tiré une règle de preuve générale : quatre hommes doivent avoir vu directement l'acte. Cette condition, très difficile à remplir, protège la réputation des personnes et rend la peine légale exceptionnelle.

La grossesse suffit-elle à prouver la zina ?

Pour la majorité des écoles juridiques, non. L'opinion dominante de l'école malikite, majoritaire en Afrique de l'Ouest, considère pourtant la grossesse d'une femme sans mari comme une présomption de zina, en s'appuyant sur une déclaration du calife Omar rapportée dans le Muwatta. Les juristes malikites appliquaient cette règle avec réticence, et la défense peut invoquer la contrainte, un mariage ou l'« embryon endormi ».

La charia est-elle appliquée au Sénégal ou au Mali ?

Non, pas en matière pénale : le Sénégal se définit comme un État laïque et ses tribunaux appliquent le Code pénal et le Code de la famille. Le droit musulman y intervient seulement dans certains domaines familiaux, comme les successions, au choix des intéressés. Au Mali, les peines de lapidation et d'amputation de 2012 ont été infligées par des groupes armés qui occupaient le Nord, non par la justice de l'État.

La zina est-elle punie par la loi en Mauritanie ?

Oui, selon Human Rights Watch : l'article 307 du Code pénal mauritanien de 1983 réprime les relations sexuelles consenties hors mariage. L'organisation en demandait l'abrogation en 2020, en soulignant que cette règle dissuade des victimes de viol de porter plainte. Nous n'avons pas trouvé trace d'une réforme de cet article au 23 octobre 2026, point qui reste à confirmer sur le texte officiel.

Que risque celui qui accuse quelqu'un de zina sans preuve ?

Il encourt quatre-vingts coups de fouet selon le verset 4 de la sourate 24, et son témoignage ne doit plus jamais être accepté. Cette infraction, appelée qadhf, est réprimée aussi sévèrement que la zina dans le droit islamique classique. Ce verrou explique la prudence des juristes face aux rumeurs et aux dénonciations.

Que dit le verset 32 de la sourate 17 ?

Il demande aux croyants de ne pas « approcher » la fornication, qualifiée de turpitude et de mauvais chemin. Le verset ne fixe aucune peine : il énonce un interdit moral, que les commentateurs étendent aux comportements qui mènent à la zina.

Sources

  1. quran.com — https://quran.com/fr/24/2-4
  2. quran.com — https://quran.com/fr/17:32
  3. sunnah.com — https://sunnah.com/malik/41
  4. brandeis.edu — https://www.brandeis.edu/projects/fse/muslim/honor-texts.html
  5. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Maliki-school
  6. eap.bl.uk — https://eap.bl.uk/archive-file/EAP690-5-20
  7. pbs.org — https://www.pbs.org/newshour/politics/africa-july-dec03-lawal_08-27
  8. aljazeera.com — https://www.aljazeera.com/news/2003/9/25/nigerian-woman-spared-stoning-sentence
  9. ecoi.net — https://www.ecoi.net/de/dokument/2111949.html
  10. wipo.int — https://www.wipo.int/wipolex/edocs/lexdocs/laws/fr/mr/mr004fr.pdf
  11. hrw.org — https://www.hrw.org/fr/news/2020/08/01/mauritanie-le-president-devrait-mener-des-reformes-legislatives
  12. fr.allafrica.com — https://fr.allafrica.com/stories/202609100348.html
  13. hrw.org — https://www.hrw.org/fr/news/2012/12/05/mali-declaration-devant-la-commission-des-affaires-etrangeres-du-senat-des-etats
  14. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2010/04/15/executive-summary-islam-and-christianity-in-sub-saharan-africa/
  15. aljazeera.com — https://www.aljazeera.com/news/2012/7/30/mali-unwed-couple-stoned-to-death

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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