Histoire

Les béguines : vivre chaste sans être religieuse en Flandre

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min9 sources
Illustration : un médaillon avec une arche romaine, devant l'Atomium de Bruxelles, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Qui étaient les béguines des béguinages flamands ?

Les béguines étaient des femmes, souvent célibataires ou veuves, qui menaient une vie religieuse en communauté sans entrer dans un ordre. Elles promettaient la chasteté tant qu'elles restaient au béguinage, mais pouvaient le quitter et se marier. Né dans la région de Liège vers 1180, le mouvement a laissé treize béguinages flamands classés par l'UNESCO en 1998.

Sommaire
  1. Qui étaient les béguines ?
  2. Pourquoi le mouvement est-il né dans la région de Liège ?
  3. Quelle place la chasteté occupait-elle dans leur vie ?
  4. Comment vivait-on dans un béguinage ?
  5. Comment l'Église a-t-elle regardé les béguines ?
  6. Pourquoi treize béguinages sont-ils classés par l'UNESCO ?
  7. Que reste-t-il des béguines aujourd'hui ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Qui étaient les béguines ?

Les béguines étaient des laïques : des femmes qui choisissaient une vie de prière et de travail en commun sans rejoindre un ordre religieux approuvé par Rome [3]. L'UNESCO les présente comme des femmes vouées au service de Dieu qui ne se retiraient pas du monde, en général célibataires ou veuves [1]. Le mot latin beguina est attesté dans les années 1230 ; son origine reste discutée, et il semble être né comme un sobriquet péjoratif [3].

Le mouvement n'avait ni fondateur ni règle propre, ce qui le distingue des grands ordres monastiques du Moyen Âge [6]. Il a d'abord attiré des femmes de familles aisées, puis la bourgeoisie urbaine. Il répondait à la fois à une quête spirituelle et à une difficulté sociale : la présence, dans les villes, d'un grand nombre de femmes sans mari [3].

Au milieu du XIIIe siècle, les béguines étaient présentes dans tous les anciens Pays-Bas, en Allemagne et dans le nord de la France [3]. Leur statut intermédiaire, entre la religieuse cloîtrée et l'épouse, explique à la fois l'attrait qu'elles ont exercé et la méfiance qu'elles ont suscitée. Le vocabulaire en garde une trace, comme le montre l'histoire de l'expression « avoir le béguin ».

Repères chronologiques

  1. Vers 1180Premières « saintes femmes » vivant en communauté dans la région de Liège
  2. 1242La comtesse Jeanne de Constantinople officialise le béguinage de Courtrai
  3. 1310La béguine Marguerite Porete est brûlée pour hérésie à Paris
  4. 1311Le concile de Vienne condamne les béguines
  5. 1319Une bulle pontificale autorise les béguines flamandes à poursuivre leur vie
  6. 1962La KU Leuven achète le Grand Béguinage de Louvain et s'engage à le restaurer
  7. 2 décembre 1998Treize béguinages flamands inscrits au patrimoine mondial à Kyoto
  8. 14 avril 2013Mort à Courtrai de Marcella Pattyn, dernière béguine

Pourquoi le mouvement est-il né dans la région de Liège ?

Le mouvement est né dans la région de Liège parce que c'est là qu'apparaissent, vers la fin du XIIe siècle, les premières mulieres sanctae ou religiosae, des « saintes femmes » vivant ensemble hors des monastères [3]. Les chronologies placent ce début vers 1180, avant l'apparition de béguines à Tirlemont en 1202 puis à Valenciennes en 1212 [4]. Marie d'Oignies (1176-1213) est souvent considérée comme la première d'entre elles [4].

Le prêtre liégeois Lambert le Bègue est fréquemment présenté comme le fondateur du mouvement. Les historiens y voient plutôt une tradition liée au nom : le préfacier du plan de gestion du Grand Béguinage de Louvain rappelle que les origines réelles restent « très vagues » et que le nom de Lambertus li Beges n'y est associé que de façon incertaine [6]. L'encyclopédie en ligne en français juge cette attribution erronée [4].

Le contexte religieux compte autant que le lieu. Le mouvement est issu du renouveau spirituel du XIIe siècle [5], à une époque où l'Église encadrait de plus en plus strictement la vie consacrée : en 1215, le IVe concile du Latran limita la création de nouvelles communautés religieuses [4]. La formule souple des béguines permettait de mener une vie consacrée sans fonder un nouvel ordre.

Entre 1230 et 1250, les communautés se sont davantage séparées du monde et de nombreux béguinages ont été fondés [5]. Celui de Louvain remonte probablement à 1232 [7]. À Courtrai, des béguines vivaient déjà dans une maison que la comtesse Jeanne de Constantinople acheta en 1242, ce qui marqua la naissance officielle du béguinage ; ses premiers statuts datent de 1250 [8].

Quelle place la chasteté occupait-elle dans leur vie ?

La chasteté était au cœur de l'engagement des béguines, mais sous la forme d'une promesse temporaire : elles s'engageaient à la garder tant qu'elles vivaient dans la communauté, et restaient libres d'en partir pour se marier [3]. Ce point les sépare nettement des religieuses, liées par des vœux définitifs. Marc Vervenne, ancien recteur de la KU Leuven, souligne que les béguines ne prononçaient pas les mêmes vœux que les sœurs des couvents et qu'au départ aucun engagement uniforme n'existait [6].

Ce modèle offrait une troisième voie entre le mariage et le cloître. Une veuve pouvait y trouver protection et vie spirituelle sans renoncer à sa liberté future ; une jeune femme pouvait y vivre un célibat choisi, sans fermer définitivement la porte au mariage. Quitter le béguinage n'était pas une rupture de vœux : c'était un départ prévu par le mode de vie lui-même [3].

Cette chasteté sans clôture a nourri les soupçons : des femmes consacrées vivant hors de toute règle approuvée inquiétaient une partie du clergé. Dès 1139, le IIe concile du Latran avait pris des décrets contre les femmes vivant sans règle tout en se présentant comme religieuses [4].

Comment vivait-on dans un béguinage ?

Dans les anciens Pays-Bas, la plupart des béguines vivaient chacune dans sa maison, à l'intérieur d'un enclos entouré de murs ou de fossés dont les portes restaient ouvertes pendant la journée [1][3]. Britannica compare ces enclos à de petites villes dans la ville [3]. En Allemagne, à l'inverse, des groupes allant jusqu'à 60 ou 70 femmes partageaient souvent une même maison [3].

Un béguinage réunissait des maisons, une ou plusieurs églises, des bâtiments de service et des espaces verts, selon un plan de type urbain ou rural et dans les styles régionaux flamands [1]. Les communautés pouvaient être très grandes : celle de Bruxelles a compté jusqu'à 1 200 membres à son apogée [6], et le Grand Béguinage de Louvain abritait encore environ 300 béguines au début du XVIIIe siècle [7]. Le béguinage de Courtrai compte aujourd'hui 40 maisons [8].

Les béguines subvenaient en général elles-mêmes à leurs besoins, souvent par les soins aux malades ou par le travail du drap et de la dentelle [3]. Beaucoup de communautés étaient étroitement liées aux frères dominicains et franciscains [3]. Le mouvement ne s'est donné un statut formel qu'au milieu du XIIIe siècle [6], et chaque enclos avait ses propres statuts, comme Courtrai à partir de 1250 [8].

Comment l'Église a-t-elle regardé les béguines ?

L'Église a oscillé pendant deux siècles entre protection et suspicion, jusqu'à condamner les béguines au concile de Vienne en 1311, avant de tolérer les communautés flamandes [3][4]. Le XIIIe siècle a été marqué par les préjugés et par des textes restrictifs [3]. En 1233, Conrad de Marbourg les dénonça au concile de Mayence, et au concile de Lyon de 1274 le franciscain Guibert de Tournai critiqua leur mode de vie [4].

La méfiance tenait surtout à la mystique intense cultivée par certaines communautés, que beaucoup soupçonnaient de tendances hérétiques [3]. La béguine Marguerite Porete fut brûlée à Paris en 1310 ; son Miroir des simples âmes, écrit vers 1300, est considéré comme l'un des grands textes religieux en ancien français [3]. L'année suivante, le concile de Vienne adopta des décrets ordonnant la dissolution des communautés béguinales et les condamna pour fausse piété et hérésie [3][4].

Les anciens Pays-Bas ont bénéficié d'un régime particulier. Selon Marc Vervenne, les papes y firent une exception à la condamnation de 1311 [6]. Une bulle de 1319 autorisa les béguines flamandes à poursuivre leur vie, et leurs enclos fonctionnèrent dès lors presque comme des paroisses [4]. La politique officielle resta variable jusqu'au XVe siècle, quand une tolérance durable s'imposa [3]. Au XVIIe siècle, l'afflux de nouvelles béguines entraîna même des constructions supplémentaires dans de nombreux enclos [1].

Pourquoi treize béguinages sont-ils classés par l'UNESCO ?

Treize béguinages flamands ont été inscrits ensemble sur la Liste du patrimoine mondial le 2 décembre 1998, lors de la session du Comité tenue à Kyoto [6][8]. Le bien en série couvre près de 60 hectares [1]. Il comprend les béguinages de Bruges, Dendermonde, Diest, Gand (Notre-Dame ter Hoyen), Hoogstraten, Courtrai, Louvain (Grand Béguinage), Lierre, Malines (Grand Béguinage), Sint-Amandsberg, Saint-Trond, Tongres et Turnhout [6].

L'UNESCO a retenu trois critères. Les béguinages sont un témoignage exceptionnel de la tradition des femmes religieuses indépendantes du nord-ouest de l'Europe médiévale [2]. Ils illustrent un ensemble architectural qui mêle valeurs séculières et conventuelles, et une forme remarquable d'urbanisme urbain ou rural [2].

L'authenticité des sites tient au plan plus qu'aux murs. Hormis quelques églises, aucun bâtiment médiéval complet n'a survécu : les maisons primitives ont été reconstruites en brique ou en pierre, surtout aux XVIe et XVIIe siècles, en respectant en général le tracé et la taille des parcelles d'origine [1]. Le déclin du XVIIIe siècle a entraîné des démolitions, et beaucoup d'enclos ont perdu leur caractère fermé pendant la période française, quand leurs portes ont été retirées [1]. Les deux guerres mondiales ont aussi endommagé plusieurs sites [1].

La Flandre compte d'autres béguinages protégés, une quatorzaine selon le plan de gestion de Louvain, qui ne figurent pas dans la série de l'UNESCO [6].

Que reste-t-il des béguines aujourd'hui ?

Il ne reste plus de béguines au sens traditionnel : la dernière, Marcella Pattyn, est morte à Courtrai le 14 avril 2013, à 92 ans [8][9]. Née le 18 août 1920 à Thysville, au Congo belge, elle était entrée en 1941 au béguinage Sainte-Élisabeth de Sint-Amandsberg, près de Gand, puis avait rejoint celui de Courtrai en 1960 [9]. Sa mort a été présentée comme la fin d'une tradition vieille de huit siècles [8].

Le déclin a été rapide au XXe siècle. Vers 1960, on ne comptait plus qu'environ 600 béguines en Flandre [4], et le plan de gestion de Louvain constate que la vie béguinale avait complètement cessé au début du XXIe siècle [6]. À Louvain, la dernière béguine est morte en 1988 [7].

Les enclos ont trouvé d'autres usages. La KU Leuven a acheté le Grand Béguinage en 1962, à l'exception de l'église, en s'engageant à restaurer l'ensemble ; une première campagne a été menée de 1963 à 1972 sous la direction de Raymond Lemaire [7]. Le site loge aujourd'hui environ 450 personnes : étudiants avancés, professeurs invités, chercheurs étrangers et personnel de l'université [7].

L'idée béguinale n'a pas totalement disparu. Un béguinage d'inspiration moderne a été fondé en 1998 à Tännich, en Thuringe [4]. Pour la Belgique, l'héritage des béguines reste surtout patrimonial et mémoriel : l'image de femmes ayant choisi, il y a huit cents ans, un célibat librement consenti et réversible, entre le mariage et le couvent. Elle complète l'histoire plus large du catholicisme belge face à la morale sexuelle.

Questions fréquentes

Les béguines prononçaient-elles des vœux ?

Non, pas des vœux religieux définitifs comme les religieuses. Elles promettaient de rester chastes tant qu'elles vivaient au béguinage et suivaient les statuts de leur communauté [3][6]. Au début du mouvement, aucun engagement uniforme n'existait d'une communauté à l'autre [6].

Une béguine pouvait-elle se marier ?

Oui. Une béguine pouvait quitter la communauté et se marier, car sa promesse de chasteté ne valait que pour la durée de son séjour [3]. C'est l'une des différences majeures avec la vie conventuelle, où les vœux étaient perpétuels.

Quels sont les treize béguinages flamands classés par l'UNESCO ?

Ce sont les béguinages de Bruges, Dendermonde, Diest, Gand (Notre-Dame ter Hoyen), Hoogstraten, Courtrai, Louvain, Lierre, Malines, Sint-Amandsberg, Saint-Trond, Tongres et Turnhout [6]. Ils ont été inscrits ensemble au patrimoine mondial le 2 décembre 1998 [6][8].

Quelle différence entre une béguine et une religieuse ?

Une religieuse appartient à un ordre approuvé et prononce des vœux définitifs, alors qu'une béguine restait laïque et libre de partir [3]. Les béguines vivaient souvent dans leur propre maison et gagnaient leur vie par leur travail [3]. Le mouvement n'avait ni fondateur ni règle commune [6].

Qui était la dernière béguine ?

La dernière béguine était Marcella Pattyn, morte à Courtrai le 14 avril 2013 à 92 ans [9]. Née au Congo belge en 1920, elle avait vécu au béguinage de Sint-Amandsberg à partir de 1941, puis à Courtrai à partir de 1960 [9].

Peut-on encore habiter dans un béguinage ?

Oui, plusieurs béguinages sont aujourd'hui habités, mais plus par des béguines. Le Grand Béguinage de Louvain, propriété de la KU Leuven depuis 1962, loge environ 450 personnes liées à l'université [7].

Sources

  1. whc.unesco.org — https://whc.unesco.org/fr/list/855
  2. whc.unesco.org — https://whc.unesco.org/en/list/855
  3. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Beguines
  4. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Béguine
  5. dbnl.org — https://dbnl.org/tekst/_mad001200601_01/_mad001200601_01_0021.php
  6. plannen.onroerenderfgoed.be — https://plannen.onroerenderfgoed.be/plannen/1089/bestanden/6990
  7. plannen.onroerenderfgoed.be — https://plannen.onroerenderfgoed.be/plannen/1089/bestanden/6998
  8. visitkortrijk.be — https://visitkortrijk.be/media/3829/download
  9. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Marcella_Pattyn

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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