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Fornication et adultère dans les langues d'Afrique francophone

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min16 sources
Illustration : un médaillon avec un dictionnaire, devant des baobabs dans la savane, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Comment dit-on « adultère » en wolof ou en lingala ?

Il n'existe pas un mot africain unique pour « fornication ». Les Bibles récentes disent njaaloo pour l'adultère en wolof, ekobo en lingala et jɛnɛya en jula, tandis que le haoussa et le swahili emploient zina, terme juridique arabe de l'islam. Le wolof rend la fornication par une périphrase : les unions que Dieu interdit.

Sommaire
  1. Pourquoi n'existe-t-il pas un seul mot pour « fornication » ?
  2. Comment la Bible en wolof traduit-elle adultère et fornication ?
  3. Quels mots le lingala emploie-t-il ?
  4. Que disent le jula et le peul ?
  5. Pourquoi le haoussa et le swahili disent-ils zina ?
  6. Que révèlent ces choix de traduction ?
  7. Comment vérifier un mot avant de le citer ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Pourquoi n'existe-t-il pas un seul mot pour « fornication » ?

Il n'existe pas d'équivalent unique parce que la frontière française entre fornication et adultère n'est pas partagée par toutes les traditions. En français, la fornication désigne les relations sexuelles entre personnes non mariées et l'adultère celles d'une personne mariée avec un tiers. Le droit islamique classique, lui, range les deux sous un seul terme arabe, zina, qui désigne tout rapport sexuel jugé illicite, que l'auteur soit marié ou non [1].

Dans la doctrine classique, la distinction se reporte sur la peine : la personne non mariée encourt cent coups de fouet, la personne mariée, dite muhsan, une peine plus lourde [1]. La preuve exige quatre témoins oculaires ou un aveu, que certaines écoles veulent répété quatre fois, et l'école malikite admet en outre la grossesse comme preuve, sauf indice de viol [1]. Ce point est développé dans la fiche sur la zina dans l'islam malikite d'Afrique de l'Ouest.

Le vocabulaire chrétien hésite lui aussi. Le grec du Nouveau Testament dit porneia, que la Bible française de Louis Segond (1910) rend par « impudicité » au verset le plus cité, 1 Corinthiens 6,18 : « Fuyez l'impudicité » [2]. La liste du verset 9 y oppose « les impudiques » et « les adultères » [2]. Les traducteurs africains ont dû trouver, pour chaque langue, un mot pour chacune de ces deux catégories.

Pour comparer des langues aussi différentes, les sources publiques les plus sûres sont ces traductions bibliques mises en ligne, qui donnent le même verset dans chaque langue. Cet article ne cite que des formes lues dans ces textes. Il ne prétend pas décrire la langue de la rue, plus mouvante, ni les mots que chaque famille emploie à la maison.

« Adultère » et « fornication » dans six traductions bibliques africaines

Langue (traduction)AdultèreFornication (1 Co 6,18)Remarque
Wolof (Kàddug Yàlla)njaaloo (Ex 20,14)séy yi Yàlla terePériphrase bâtie sur séy, le mariage : les unions que Dieu interdit
Lingala (Mokanda na Bomoi, 2020)ekobo, pluriel bikobo (Mt 5,27)piteekobo rend aussi la clause d'exception de Mt 5,32
Jula (2013)jɛnɛya (Ex 20,14)jatɔyajatɔ désigne aussi la prostituée (1 Co 6,16)
Peul du Maasina (2005)jeenu (Mt 5,27)autre tournure, non analysée ici« Pati jeenu ! » : ne commets pas l'adultère
Haoussa (Biblica, 2020)zina (Ex 20,14)fasikanciLe mot arabe zina sert ici pour l'adultère
Swahili (Biblia Takatifu, 2019)wazinzi, « les adultères » (1 Co 6,9)zinaaLe mot arabe sert ici pour la fornication

Comment la Bible en wolof traduit-elle adultère et fornication ?

La traduction wolof Kàddug Yàlla emploie un verbe simple pour l'adultère : le commandement de l'Exode devient « Buleen njaaloo » (Exode 20,14) [3]. Le même radical nomme les adultères dans la liste de 1 Corinthiens 6,9, njaalookat yi, au troisième rang comme « les adultères » de la Bible Segond [2] [4]. Wolof et français tracent donc ici la même frontière.

Pour la fornication, en revanche, le wolof de cette traduction ne propose pas de mot isolé. Le verset 18 devient « Dawleen séy yi Yàlla tere ! », que l'on peut comprendre comme une injonction à fuir les unions que Dieu interdit [4]. Le chapitre suivant reprend la tournure avec une variante, séy yi yoon tere, où le mot yoon prend la place de Yàlla, Dieu [5].

Le choix est révélateur, car séy est le mot même du mariage dans ce texte. Au chapitre 7, Paul conseille à ceux qui ne peuvent se maîtriser de se marier, « nañu séy », et la veuve est libre de « séy » avec qui elle veut [5]. La relation hors mariage est donc pensée comme une union illégitime plutôt que comme un acte à part. Pour la prostituée du verset 16, le texte emploie gànc, dans l'expression « ab gànc bu jigéen » [4].

Cette traduction est l'œuvre d'une équipe protestante évangélique liée à l'organisation missionnaire WorldVenture, composée de locuteurs natifs du wolof à l'exception de son coordinateur américain, et menée depuis plus de cinquante ans à partir de l'hébreu et du grec [6]. Selon George Joseph, auteur d'une étude publiée par la Société de l'histoire du protestantisme français, les traducteurs ont cherché, notamment dans l'Évangile de Jean, à éviter les confusions avec le vocabulaire coranique et les pratiques religieuses wolof [6]. Leurs choix ne sont donc pas neutres : ils visent un public très majoritairement musulman.

Quels mots le lingala emploie-t-il ?

Le lingala de la Bible Biblica (Mokanda na Bomoi, 2020) distingue deux mots : ekobo pour l'adultère et pite pour la fornication. Le commandement cité par Jésus devient « Okosalaka ekobo te » (Matthieu 5,27) [7]. En 1 Corinthiens 6,18, l'injonction est « bokima pite », fuyez la fornication [8].

La liste de 1 Corinthiens 6,9 oppose de même « bato na pite » et « bato na bikobo », bikobo étant le pluriel d'ekobo [8]. Pour la prostitution, le texte emploie kindumba (Matthieu 5,32) et, pour la prostituée, « mwasi ya ndumba », où mwasi signifie la femme [7] [8]. Le mariage, enfin, est libala : le mari qui renvoie sa femme la fait sortir « na libala » [7].

La frontière reste toutefois poreuse. Dans la clause d'exception de Matthieu 5,32, où le grec emploie porneia, la traduction lingala écrit que la femme « akweyaki na ekobo », est tombée dans l'adultère [7]. Le même mot couvre alors les deux notions. Ce vocabulaire, et celui de la chanson kinoise, est détaillé dans l'article sur le lingala et la rumba à Kinshasa.

Que disent le jula et le peul ?

Le jula, ou dioula, appartient comme le bambara à la branche mandé des langues nigéro-congolaises ; il sert de langue d'échange dans le nord de la Côte d'Ivoire et l'ouest du Burkina Faso [9]. Sa Bible (droits 2013) traduit l'interdit de l'Exode par « I kana jɛnɛya kɛ » [10]. Les adultères de 1 Corinthiens 6,9 y sont les jɛnɛyakɛbagaw, ceux qui commettent jɛnɛya [11].

Pour la fornication, le jula emploie jatɔya : « Aw ye bori jatɔya ɲa ! » (1 Corinthiens 6,18) [11]. Or, au verset 16, la prostituée est désignée par jatɔ, et les fornicateurs du verset 9 par jatɔw [11]. Une même racine relie donc, dans cette traduction, la prostitution et la fornication.

Faute de dictionnaire bambara consultable en ligne, cet article ne présente pas ces formes comme bambara, même si les deux langues sont apparentées. Le peul pose une difficulté voisine, car il existe plusieurs variétés et plusieurs traductions. Dans le Nouveau Testament en fulfulde du Maasina, au Mali (2005), le commandement de Matthieu 5,27 devient « Pati jeenu ! », et le verset 32 emploie jeenu et jeenii [12]. En 1 Corinthiens 6,18, la formule est différente, « Ndogee ko soɓi ! », que nous ne traduisons pas mot à mot sans dictionnaire [13].

Pourquoi le haoussa et le swahili disent-ils zina ?

Le haoussa et le swahili emploient zina, mot arabe que même les traducteurs chrétiens reprennent, signe qu'il appartient au vocabulaire ordinaire de ces langues. Dans la Bible haoussa de Biblica (2009, révisée en 2020), le septième commandement devient « Ba za ka yi zina ba » (Exode 20,14) [14]. Le haoussa est la grande langue du Niger, pays francophone, et du nord du Nigeria.

La même Bible haoussa garde pourtant un autre mot pour la fornication : 1 Corinthiens 6,18 dit « Ku guji fasikanci », et la liste du verset 9 cite les « masu fasikanci » avant les « masu zina » [15]. Zina y correspond donc à l'adultère, conformément à la répartition française.

Le swahili, parlé dans l'est de la République démocratique du Congo et au Burundi, fait l'inverse. Dans la Biblia Takatifu de 2019, l'injonction de 1 Corinthiens 6,18 est « Ikimbieni zinaa ! », tandis que les adultères du verset 9 sont les wazinzi et les fornicateurs les waasherati [16]. Le même mot d'origine arabe se retrouve ainsi d'un côté de la frontière en haoussa et de l'autre en swahili.

Ce chassé-croisé montre qu'un emprunt ne transporte pas forcément son sens d'origine. En arabe juridique, zina couvre les deux notions [1] ; chaque langue, puis chaque équipe de traduction, l'a ensuite fixé sur l'une ou l'autre.

Que révèlent ces choix de traduction ?

Ces choix révèlent trois manières de penser l'interdit sexuel. La première emprunte le vocabulaire de l'islam, comme en haoussa et en swahili [14] [16]. La deuxième oppose deux mots propres à la langue, comme ekobo et pite en lingala ou jɛnɛya et jatɔya en jula [8] [11]. La troisième, celle du wolof de Kàddug Yàlla, définit la faute par rapport au mariage : est condamnable l'union que Dieu ou la loi interdisent [4] [5].

Chacune met l'accent ailleurs. Le jula rapproche la fornication de la prostitution par une racine commune [11]. Le wolof la rapproche du mariage, en parlant d'unions illégitimes plutôt que d'actes [4]. Le lingala, enfin, montre qu'une même traduction peut employer ekobo pour l'adultère et pour la porneia de Matthieu 5,32 [7].

Ces choix dépendent aussi de stratégies missionnaires. Là où la majorité de la population est musulmane, une équipe peut préférer des mots wolof aux termes coraniques pour éviter toute confusion [6]. Ailleurs, les traducteurs adoptent au contraire le mot arabe devenu courant [14] [16]. Dans le français parlé en Afrique, d'autres mots, comme l'expression « deuxième bureau », décrivent moins une faute qu'un arrangement social.

Comment vérifier un mot avant de le citer ?

Il faut vérifier chaque forme dans une source publiée et datée, en notant la langue, la variété et l'orthographe exactes. Les traductions bibliques sont utiles parce qu'elles permettent de comparer le même verset, mais elles relèvent d'un registre soutenu et réfléchi ; elles ne disent pas comment les jeunes de Dakar ou de Kinshasa parlent entre eux. Plusieurs traductions peuvent aussi coexister dans une même langue, avec des choix différents.

L'orthographe compte. Les alphabets officiels de ces langues utilisent des lettres comme ɛ, ɔ, ɲ ou ɓ, que les listes trouvées en ligne remplacent souvent par des approximations, au risque de créer des formes qui n'existent pas. La variété aussi : le peul du Maasina n'est pas le pulaar du Sénégal, et le jula n'est pas exactement le bambara [9] [12].

Enfin, une forme attestée n'est pas une définition. Que « séy yi Yàlla tere » rende la fornication dans une Bible ne signifie pas que tout locuteur wolof l'emploie dans ce sens [4]. Les dictionnaires bilingues publiés, et les enquêtes de terrain menées par des linguistes, restent les seules sources capables de trancher.

Questions fréquentes

Comment dit-on « adultère » en wolof ?

Dans la traduction wolof Kàddug Yàlla, l'adultère se dit njaaloo : le commandement de l'Exode devient « Buleen njaaloo ». Les adultères y sont les njaalookat. Cette forme est celle d'une traduction biblique récente ; l'usage courant peut connaître d'autres termes.

Comment la Bible en lingala traduit-elle l'adultère ?

La Bible lingala de Biblica traduit l'adultère par ekobo, au pluriel bikobo. Le commandement cité en Matthieu 5,27 devient « Okosalaka ekobo te ». La fornication y est rendue par un autre mot, pite.

Le mot zina est-il employé dans les langues africaines ?

Oui, au moins en haoussa et en swahili, où il figure dans les Bibles chrétiennes. Le haoussa l'emploie pour l'adultère (« Ba za ka yi zina ba »), le swahili pour la fornication (« Ikimbieni zinaa ! »). La traduction wolof consultée n'emploie pas ce mot.

Existe-t-il un mot pour « fornication » en bambara ?

Cet article n'a pas pu le vérifier dans un dictionnaire bambara consultable en ligne. La Bible en jula, langue mandé voisine, emploie jatɔya pour la fornication et jɛnɛya pour l'adultère. Ces formes ne doivent pas être présentées comme bambara sans vérification.

Pourquoi le wolof parle-t-il d'« unions interdites » ?

Parce que la traduction Kàddug Yàlla ne retient pas de mot isolé pour la porneia grecque. Elle écrit « séy yi Yàlla tere », en partant de séy, le mariage, et définit la faute comme une union que Dieu interdit. Le chapitre suivant emploie une variante où la loi, yoon, remplace Dieu.

Les traductions de la Bible reflètent-elles la langue parlée ?

En partie seulement. Elles fixent des mots dans un registre soutenu, après des choix d'équipe parfois discutés, comme éviter ou adopter le vocabulaire coranique. Elles sont précieuses pour comparer un même verset, mais l'usage quotidien doit être vérifié dans des dictionnaires et des enquêtes.

Pourquoi le français distingue-t-il fornication et adultère ?

Parce que le français hérite du vocabulaire chrétien latin, qui sépare la faute des personnes non mariées et celle d'une personne mariée. La Bible de Louis Segond oppose ainsi « les impudiques » et « les adultères » en 1 Corinthiens 6,9. Le droit islamique classique regroupe au contraire les deux sous le terme zina.

Sources

  1. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Zina
  2. ebible.org — https://ebible.org/fraLSG/1CO06.htm
  3. ebible.org — https://ebible.org/wolmbs/EXO20.htm
  4. ebible.org — https://ebible.org/wolmbs/1CO06.htm
  5. ebible.org — https://ebible.org/wolmbs/1CO07.htm
  6. shpf.fr — https://www.shpf.fr/en/?p=4147
  7. ebible.org — https://ebible.org/lin/MAT05.htm
  8. ebible.org — https://ebible.org/lin/1CO06.htm
  9. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Bambara-language
  10. ebible.org — https://ebible.org/dyu/EXO20.htm
  11. ebible.org — https://ebible.org/dyu/1CO06.htm
  12. ebible.org — https://ebible.org/ffm/MAT05.htm
  13. ebible.org — https://ebible.org/ffm/1CO06.htm
  14. ebible.org — https://ebible.org/hausa/EXO20.htm
  15. ebible.org — https://ebible.org/hausa/1CO06.htm
  16. ebible.org — https://ebible.org/swhulb/1CO06.htm

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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