Société

Relations hors mariage : ce que disent les sondages en Afrique subsaharienne

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min10 sources
Illustration : un médaillon avec deux alliances, devant des baobabs dans la savane, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Les relations sexuelles hors mariage sont-elles acceptées en Afrique subsaharienne ?

Majoritairement, non. L'enquête du Pew Research Center menée fin 2008 et début 2009 dans 19 pays d'Afrique subsaharienne relève une forte opposition aux relations sexuelles entre personnes non mariées, chez les chrétiens comme chez les musulmans. En 2013, 63 % des Sénégalais les jugeaient moralement inacceptables, mais 26 % n'y voyaient pas une question morale.

Sommaire
  1. Que montrent les grandes enquêtes d'opinion ?
  2. Que disent les chiffres pays par pays ?
  3. Chrétiens et musulmans pensent-ils pareil ?
  4. Quelles différences sur la polygamie ?
  5. Que pense-t-on de l'adultère et de sa sanction ?
  6. L'âge et le sexe changent-ils les opinions ?
  7. Quelles limites ont ces sondages ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que montrent les grandes enquêtes d'opinion ?

Les grandes enquêtes internationales montrent un rejet majoritaire des relations sexuelles hors mariage dans presque tous les pays d'Afrique subsaharienne étudiés. La source la plus complète reste le rapport du Pew Research Center intitulé Tolerance and Tension: Islam and Christianity in Sub-Saharan Africa, publié en avril 2010 [1]. Il repose sur plus de 25 000 entretiens en face à face, menés de décembre 2008 à avril 2009 dans 19 pays, en plus de 60 langues ou dialectes [1].

Ces 19 pays regroupent environ les trois quarts de la population de la région [1]. Plusieurs sont francophones, comme le Cameroun, le Tchad, la République démocratique du Congo, Djibouti, le Mali, le Rwanda et le Sénégal [1][2]. Au moins 1 000 personnes ont été interrogées dans chaque pays [1].

Le constat est net. Selon le chapitre consacré à la religion et à la société, de larges majorités, dans presque chaque pays, expriment leur opposition aux relations sexuelles entre personnes non mariées [2]. Le rejet est plus massif encore pour l'avortement, la prostitution, le suicide et les relations homosexuelles, que neuf personnes sur dix ou davantage jugent moralement condamnables dans de nombreux pays [2]. Pew résume ces résultats en parlant d'opinions « very conservative » sur ces questions [9].

Une seconde vague de données est venue du projet Global Attitudes du même institut. Au printemps 2013, Pew a interrogé des habitants de 40 pays sur huit comportements, dont les relations entre adultes non mariés et l'adultère [3][8]. Six pays d'Afrique subsaharienne en faisaient partie : le Sénégal, le Ghana, le Kenya, le Nigeria, l'Ouganda et l'Afrique du Sud [4].

Relations hors mariage et adultère : le jugement moral dans six pays d'Afrique subsaharienne (Pew, printemps 2013)

PaysRelations entre adultes non mariés : inacceptablesAcceptablesPas une question moraleAdultère : inacceptable
Ghana86 %6 %4 %86 %
Kenya79 %4 %13 %80 %
Nigeria77 %3 %13 %77 %
Ouganda77 %9 %9 %80 %
Sénégal63 %6 %26 %68 %
Afrique du Sud48 %21 %17 %65 %

Que disent les chiffres pays par pays ?

Les chiffres de 2013 confirment le rejet, mais révèlent des écarts importants entre pays. À la question de savoir si les relations sexuelles entre adultes non mariés sont moralement acceptables, inacceptables ou ne relèvent pas de la morale, 86 % des Ghanéens répondaient « inacceptables », de même que 79 % des Kényans et 77 % des Nigérians et des Ougandais [4].

Le Sénégal se distingue. Seuls 63 % des Sénégalais jugeaient ces relations inacceptables, et 26 % estimaient qu'il ne s'agissait pas d'une question morale, le taux le plus élevé des pays africains interrogés [4]. La part de ceux qui les trouvaient franchement acceptables restait faible, à 6 % [4]. Cette réponse peut se lire moins comme une approbation que comme une mise à distance : la question est rangée du côté de la vie privée plutôt que du jugement moral.

L'Afrique du Sud fait exception. Moins de la moitié des Sud-Africains (48 %) jugeaient ces relations inacceptables, contre 21 % qui les trouvaient acceptables [4]. À titre de comparaison, la médiane des 40 pays de l'enquête s'établissait à 46 % de réponses « inacceptables » et 24 % d'« acceptables » [3]. L'Égypte (90 %) et la Tunisie (89 %), au nord du continent, affichaient des taux de rejet encore supérieurs [4].

Ces résultats placent la plupart des pays africains interrogés au-dessus de la médiane mondiale. Pour illustrer l'amplitude des réponses, Pew citait le Pakistan, où 94 % des personnes interrogées jugeaient ces relations inacceptables, et le Japon, où elles n'étaient que 21 % [3].

Chrétiens et musulmans pensent-ils pareil ?

Sur les relations hors mariage, chrétiens et musulmans d'Afrique subsaharienne expriment une désapprobation comparable. Le rapport de 2010 souligne que les deux communautés partagent une forte opposition aux relations sexuelles hors mariage, sans écart marqué comparable à celui observé sur la polygamie [1]. La comparaison n'était toutefois possible que dans 12 des 19 pays, faute d'effectifs suffisants : trop peu de chrétiens à Djibouti, au Mali et au Sénégal, trop peu de musulmans au Botswana, au Rwanda, en Afrique du Sud et en Zambie [1].

L'enquête The World's Muslims, publiée par Pew en avril 2013, apporte des chiffres sur les seuls musulmans. Dans 29 des 36 pays où la question a été posée, au moins trois musulmans sur quatre condamnent les relations sexuelles avant ou hors mariage [5]. Pour l'Afrique subsaharienne, ces données reprennent pour l'essentiel les enquêtes de 2008-2009 [6].

Quelques pays africains comptent une minorité plus tolérante. La part de musulmans qui jugent ces relations moralement acceptables atteint 19 % en Guinée-Bissau, 18 % au Tchad et 18 % en Ouganda [5]. Ceux qui n'y voient pas une question morale sont 17 % au Cameroun, 16 % en Éthiopie, 15 % au Tchad et 12 % à Djibouti [5].

Ces convergences reposent sur des textes différents. Le christianisme condamne la « fornication » dans plusieurs épîtres de Paul, tandis que l'islam réprouve la zina, les relations sexuelles hors mariage, que le Coran évoque notamment dans la sourate 17, verset 32. Les deux traditions aboutissent à des jugements proches sur ce point précis, comme le détaille notre article sur la zina dans l'islam malikite d'Afrique de l'Ouest.

Quelles différences sur la polygamie ?

La polygamie est la question sur laquelle chrétiens et musulmans divergent le plus. Selon le rapport de 2010, les musulmans sont beaucoup plus nombreux que les chrétiens à juger la polygamie moralement acceptable ou à estimer qu'elle ne relève pas de la morale [1]. Au Nigeria, pays où les deux communautés sont importantes, 72 % des musulmans étaient dans ce cas, contre 20 % des chrétiens [2].

Les données de 2013 sur les musulmans montrent une acceptation très large dans plusieurs pays francophones. La polygamie était jugée moralement acceptable par 87 % des musulmans du Niger, 86 % au Sénégal, 74 % au Mali et 67 % au Cameroun, ainsi que par 63 % en Tanzanie et au Nigeria [5]. Hors d'Afrique subsaharienne, seule la Thaïlande comptait une majorité de musulmans de cet avis [5].

Les opinions rejoignent les pratiques. D'après une analyse de Pew publiée en 2019 à partir de recensements et d'enquêtes réalisés depuis 2010, 25 % des musulmans d'Afrique subsaharienne vivent dans un ménage polygame, contre 3 % des chrétiens [7]. Au Sénégal, 23 % de la population vit dans un foyer polygame [7]. Les positions des Églises et de l'islam sur ce point sont comparées dans notre article sur la polygamie selon les religions en Afrique.

Que pense-t-on de l'adultère et de sa sanction ?

L'adultère est plus nettement condamné encore que les relations entre célibataires. En 2013, 86 % des Ghanéens, 80 % des Kényans et des Ougandais, 77 % des Nigérians et 68 % des Sénégalais jugeaient moralement inacceptable qu'une personne mariée ait une liaison [4]. Sur l'ensemble des 40 pays, la médiane atteignait 78 % [3].

Le Sénégal présente le même profil que pour les relations entre non-mariés. Près d'un quart des Sénégalais (24 %) estimaient que l'infidélité n'était pas une question morale [4]. En Afrique du Sud, 65 % la jugeaient inacceptable [4].

La question de la sanction divise davantage. Selon le rapport de 2010, un tiers ou plus des musulmans se disaient favorables à la lapidation pour adultère dans 13 pays, une position nettement moins répandue chez les chrétiens, sauf en Guinée-Bissau [2]. Le soutien à la charia comme loi officielle dépassait la moitié des musulmans dans 12 des 15 pays analysés, avec un sommet de 82 % à Djibouti ; dans 13 des 16 pays étudiés, la moitié ou plus des chrétiens souhaitaient que la Bible devienne loi officielle [2].

Ces opinions ne se traduisent pas mécaniquement dans le droit. Plusieurs États francophones, comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun ou la RDC, punissent l'adultère d'une peine de prison, sur plainte du conjoint offensé ; le tableau par pays figure dans notre article sur l'adultère dans les codes pénaux d'Afrique francophone.

L'âge et le sexe changent-ils les opinions ?

Les enquêtes disponibles ne montrent pas de fossé générationnel net sur ces questions. Dans The World's Muslims, Pew n'observe pas de différence constante entre jeunes et plus âgés sur l'acceptation de la polygamie [5]. Il fait le même constat sur le divorce, où aucun schéma régulier n'apparaît selon l'âge ou le sexe [5].

Le sexe compte davantage pour la polygamie. Dans la plupart des pays, les hommes musulmans sont plus nombreux que les femmes à la juger moralement acceptable [5]. La polygamie admise par l'islam est en effet une polygynie, qui permet à l'homme d'avoir plusieurs épouses et non l'inverse.

La pratique religieuse est un autre facteur. Les musulmans qui prient plusieurs fois par jour sont plus nombreux à juger nécessaire de croire en Dieu pour être moral [5]. Dans l'enquête de 2008-2009, cette conviction était partagée par 72 % des Sénégalais, 68 % des Tchadiens, 67 % des Camerounais et 66 % des Maliens [10].

Les sources consultées ne fournissent pas de ventilation par milieu urbain ou rural pour les questions de morale sexuelle. L'idée d'une jeunesse citadine plus tolérante reste donc, à ce stade, une hypothèse que ces sondages ne permettent pas de vérifier.

Quelles limites ont ces sondages ?

Ces enquêtes mesurent des jugements moraux déclarés, pas des comportements, et leurs données commencent à dater. Les chiffres les plus détaillés sur l'Afrique subsaharienne ont été recueillis en 2008-2009, puis en 2013 pour six pays seulement [1][4]. Aucune enquête comparable plus récente n'a été trouvée au 23 octobre 2026.

La méthode impose aussi des précautions. Les entretiens sont réalisés en face à face par un enquêteur, sur des sujets intimes et chargés de normes religieuses [1][6]. Les écarts entre « inacceptable » et « pas une question morale », comme au Sénégal, montrent que la formulation des réponses proposées influence les résultats [4].

La couverture géographique reste partielle. Plusieurs pays francophones, comme la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo ou la Guinée, ne figuraient pas dans l'enquête de 2008-2009 sur la morale [1]. Les comparaisons entre religions n'étaient possibles que dans 12 pays [1].

Enfin, une partie des chiffres n'est publiée que sous forme de graphiques dans les rapports, ce qui limite leur reprise détaillée. Les données brutes sont accessibles sur le site de Pew, mais les pourcentages par pays de l'enquête de 2008-2009 sur les relations hors mariage n'ont pas pu être lus pour cet article [2].

Questions fréquentes

Les relations sexuelles avant le mariage sont-elles acceptées en Afrique subsaharienne ?

Majoritairement, non. En 2013, 77 % à 86 % des habitants du Ghana, du Kenya, du Nigeria et de l'Ouganda jugeaient moralement inacceptables les relations entre adultes non mariés, et 63 % des Sénégalais. L'Afrique du Sud faisait exception, avec 48 %.

La polygamie est-elle moralement acceptée en Afrique ?

Elle l'est surtout par les musulmans. En 2013, 87 % des musulmans du Niger, 86 % au Sénégal et 74 % au Mali la jugeaient moralement acceptable. Les chrétiens sont beaucoup moins nombreux à partager cet avis : au Nigeria, 20 % contre 72 % des musulmans dans l'enquête de 2008-2009.

Chrétiens et musulmans ont-ils la même morale sexuelle ?

Sur les relations hors mariage, oui, dans une large mesure. L'enquête Pew de 2008-2009 relève dans les deux communautés une forte opposition aux relations sexuelles hors mariage, à l'avortement et à la prostitution. Elles divergent surtout sur la polygamie.

Comment l'adultère est-il jugé en Afrique subsaharienne ?

Très sévèrement, dans tous les pays interrogés. En 2013, entre 65 % (Afrique du Sud) et 86 % (Ghana) des personnes interrogées dans six pays d'Afrique subsaharienne jugeaient l'infidélité d'une personne mariée moralement inacceptable. Au Sénégal, 68 % étaient de cet avis et 24 % n'y voyaient pas une question morale.

Les opinions changent-elles chez les jeunes ?

Pas de façon nette selon les données disponibles. Pew n'a pas relevé de différence constante entre jeunes et plus âgés chez les musulmans sur la polygamie ou le divorce. Aucune enquête récente ne permet de mesurer une évolution générationnelle sur les relations hors mariage.

Quelle part de la population vit dans un foyer polygame en Afrique subsaharienne ?

Environ 11 % de la population, selon le Pew Research Center (rapport de 2019). La proportion atteint 25 % chez les musulmans d'Afrique subsaharienne, contre 3 % chez les chrétiens. Au Sénégal, c'est le cas de 23 % de la population.

Comment Pew réalise-t-il ses enquêtes en Afrique ?

Par des entretiens en face à face avec des adultes, dans les langues locales. L'enquête de 2008-2009 a réuni plus de 25 000 entretiens dans 19 pays et plus de 60 langues ou dialectes, avec au moins 1 000 personnes par pays.

Sources

  1. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2010/04/15/executive-summary-islam-and-christianity-in-sub-saharan-africa/
  2. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/wp-content/uploads/sites/20/2024/06/sub-saharan-africa-chapter-5.pdf
  3. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2014/04/15/whats-morally-acceptable-it-depends-on-where-in-the-world-you-live/
  4. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/wp-content/uploads/sites/2/2014/03/Morality-Topline-FINAL.pdf
  5. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2013/04/30/the-worlds-muslims-religion-politics-society-morality/
  6. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2013/04/30/the-worlds-muslims-religion-politics-society-appc/
  7. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2019/12/12/religion-and-living-arrangements-around-the-world/
  8. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/global/2014/04/15/global-morality/
  9. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2010/04/15/religion-and-society-islam-and-christianity-in-sub-saharan-africa/
  10. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/wp-content/uploads/sites/20/2010/04/sub-saharan-africa-topline.pdf

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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