Culture

Le Déclin de l'empire américain, portrait des mœurs québécoises

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 9 min6 sources
Illustration : un médaillon avec les masques du théâtre, devant le château Frontenac à Québec, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

De quoi parle Le Déclin de l'empire américain ?

Réalisé par Denys Arcand en 1986, Le Déclin de l'empire américain est une comédie de mœurs où des universitaires montréalais parlent de leur vie sexuelle avant de se retrouver pour un repas. Le film a reçu le prix de la critique internationale à Cannes, huit prix Génie et une nomination à l'Oscar. Ses personnages reviennent dans Les Invasions barbares (2003).

Sommaire
  1. De quoi parle Le Déclin de l'empire américain ?
  2. Comment Arcand filme-t-il la parole sur la sexualité ?
  3. Que dit le film du Québec de l'après-référendum ?
  4. Quel accueil le film a-t-il reçu ?
  5. Que deviennent les personnages dans Les Invasions barbares ?
  6. Quelle place le film occupe-t-il dans l'œuvre d'Arcand ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

De quoi parle Le Déclin de l'empire américain ?

Le Déclin de l'empire américain raconte une journée et une soirée passées par un groupe d'universitaires montréalais, amis ou amants, qui parlent de leurs relations amoureuses et sexuelles. La plupart sont des historiens liés à l'Université de Montréal [1]. Le film, écrit et réalisé par Denys Arcand, dure 95 minutes et a été produit par René Malo et Roger Frappier, avec l'Office national du film du Canada et le groupe Malofilm [2].

Le récit est construit en deux temps. Pendant que les hommes préparent le repas dans une maison de campagne au bord du lac Memphrémagog, dans les Cantons-de-l'Est, les femmes s'entraînent dans un centre sportif du centre-ville de Montréal [1][2]. Chaque groupe parle librement de sexualité, de couple et de politique, sans savoir ce que dit l'autre.

Le soir, tous se retrouvent à table. Des aveux d'infidélité, dont une révélation de l'historienne Dominique, troublent un moment la soirée, mais le lendemain matin le groupe est à peu près revenu à son état initial [1][2]. L'Encyclopédie canadienne parle d'une comédie de mœurs doublée d'une satire sociopolitique [1].

La distribution réunit Dominique Michel, Dorothée Berryman, Louise Portal, Geneviève Rioux, Rémy Girard, Pierre Curzi, Yves Jacques, Daniel Brière et Gabriel Arcand [2]. Les personnages portent souvent le prénom de leur interprète : Rémy (Rémy Girard), Pierre (Pierre Curzi), Claude (Yves Jacques), Alain (Daniel Brière), Dominique (Dominique Michel), Louise (Dorothée Berryman), Diane (Louise Portal) et Danielle (Geneviève Rioux) [2]. La musique est de François Dompierre, l'image de Guy Dufaux et le montage de Monique Fortier [2].

Repères chronologiques

  1. 1986Prix de la critique internationale (FIPRESCI) au Festival de Cannes.
  2. 1987Huit prix Génie, dont meilleur film, réalisation et scénario original.
  3. 1989Jésus de Montréal, film suivant d'Arcand, reçoit le prix du jury à Cannes.
  4. 2003Les Invasions barbares, suite du Déclin, obtient à Cannes le prix du scénario et le prix d'interprétation féminine.
  5. 2004Les Invasions barbares, premier film canadien lauréat de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
  6. 2007L'Âge des ténèbres complète la trilogie.
  7. 2018La Chute de l'empire américain, thriller satirique sur la cupidité.

Comment Arcand filme-t-il la parole sur la sexualité ?

Arcand filme la sexualité presque uniquement par la parole : le cœur du film est la conversation, pas l'image. En alternant les échanges des hommes et ceux des femmes, il fait entendre deux versions des mêmes histoires, et la Canadian Film Encyclopedia souligne que ces conversations finissent par révéler les mensonges de chacun [2]. Le spectateur en sait vite plus que les personnages.

Le ton est celui de la comédie, souvent cruelle. Les critiques de l'époque ont salué des dialogues drôles et lucides ; Variety a parlé d'une comédie sardonique des mœurs charnelles, et Roger Ebert d'un film sage, profond et douloureux [1]. Le film a souvent été comparé à The Big Chill et à My Dinner with Andre, deux films américains fondés sur des retrouvailles et de longues conversations [1].

Cette franchise tranche avec ce que le cinéma québécois pouvait montrer une génération plus tôt. Dans les années 1950, l'adultère faisait partie des sujets que les organismes catholiques voulaient écarter des écrans, comme le montre l'histoire de la censure du cinéma au Québec. Dans Le Déclin, l'infidélité est un sujet de conversation ordinaire, que les personnages traitent avec humour, puis avec embarras quand elle les touche directement.

Le film ne prend pas parti pour une morale : il ne condamne pas les personnages et ne les donne pas non plus en modèles. Les aveux du souper montrent que la liberté revendiquée dans les conversations a aussi un coût pour ceux qu'elle touche, ce qui permet de voir le film à la fois comme une comédie et comme un constat plus amer.

Que dit le film du Québec de l'après-référendum ?

Le film est souvent lu comme une réflexion sur le Québec d'après le référendum de 1980 et sur la fin d'une époque d'engagement collectif. L'Encyclopédie canadienne rappelle cette lecture, liée au gouvernement de René Lévesque et du Parti québécois, et la Canadian Film Encyclopedia situe elle aussi le récit dans le Québec de l'après-référendum [1][2]. Selon cette lecture, ces intellectuels de gauche auraient reporté sur leur vie privée l'énergie qu'ils mettaient autrefois dans les grands projets collectifs.

Le titre résume la thèse exposée dès l'ouverture, dans une entrevue accordée par l'historienne Dominique : quand la recherche du bonheur personnel envahit une civilisation, c'est le signe de son déclin, comme pour Rome, la France d'avant la Révolution ou « l'empire américain » [1]. Le film applique cette idée, avec ironie, à la petite société qu'il observe.

Arcand connaissait bien le monde qu'il décrit. Né le 25 juin 1941 à Deschambault, il a grandi dans une famille catholique pratiquante, a été formé par les jésuites au Collège Sainte-Marie, puis a étudié l'histoire à l'Université de Montréal, diplômé en 1962 [4][5]. Il y a subi l'influence des historiens Michel Brunet et Maurice Séguin [5].

Ce parcours, du Québec catholique des années 1950 au milieu universitaire laïque des années 1980, recoupe le passage plus large décrit dans l'article sur le déclin du catholicisme et l'évolution des mœurs au Québec. Le film n'en fait pas un discours, mais ses personnages vivent manifestement dans une société où l'Église ne fixe plus les règles de la vie privée.

Quel accueil le film a-t-il reçu ?

Le film a reçu un accueil critique et public exceptionnel, au Québec comme à l'étranger. Il obtient en 1986 le prix de la critique internationale (FIPRESCI) au Festival de Cannes, puis huit prix Génie en 1987, dont ceux du meilleur film, de la réalisation et du scénario original [1][3]. Il est aussi nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, une première pour un film québécois [1][5].

D'autres distinctions suivent : prix du public et prix du meilleur long métrage canadien au festival de Toronto, prix du meilleur film étranger du New York Film Critics Circle et prix L.-E.-Ouimet-Molson de l'Association québécoise des critiques de cinéma [1]. Le film reçoit aussi la Bobine d'or du film canadien le plus rentable de l'année [1].

Sur le plan commercial, l'Encyclopédie canadienne fait état de plus d'un million d'entrées en France et de plus de 25 millions de dollars de recettes dans le monde [1]. Selon la Canadian Film Encyclopedia, le public canadien-anglais l'a adopté plus qu'aucun film québécois depuis Mon oncle Antoine [2].

Le film est resté une référence. Il figure parmi les dix meilleurs films canadiens de tous les temps dans les palmarès du festival de Toronto de 1993 et de 2004 [1]. Un remake hollywoodien a été envisagé sans aboutir, et Arcand a adapté son scénario pour la scène à Paris en 2006 [1].

Que deviennent les personnages dans Les Invasions barbares ?

Dans Les Invasions barbares (2003), les personnages du Déclin se retrouvent autour de Rémy, professeur d'histoire atteint d'un cancer et hospitalisé à Montréal [4]. Son fils Sébastien, devenu banquier, son ex-femme Louise et ses anciens amis se réunissent pour l'accompagner dans ses derniers jours [4][6]. Rémy Girard, Dorothée Berryman, Louise Portal, Pierre Curzi, Yves Jacques et Dominique Michel reprennent leurs rôles, aux côtés de Stéphane Rousseau et de Marie-Josée Croze [6].

Le ton change : la comédie des corps laisse place à une réflexion sur la mort, l'amitié et les héritages d'une génération. Britannica décrit Rémy comme un séducteur et un homme de gauche convaincu, qui fait le bilan de sa vie [4].

Le film obtient au Festival de Cannes de 2003 le prix du scénario et le prix d'interprétation féminine, décerné à Marie-Josée Croze [3][6]. Il remporte en 2004 l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, une première pour un film canadien, ainsi que trois César [5]. L'Encyclopédie canadienne le présente explicitement comme la suite du Déclin, et L'Âge des ténèbres (2007) complète la trilogie [1].

Quelle place le film occupe-t-il dans l'œuvre d'Arcand ?

Le Déclin est le film qui a donné à Arcand une réputation internationale [4]. Avant lui, le cinéaste avait surtout réalisé des documentaires à l'Office national du film, qu'il rejoint en 1963, dont On est au coton (1970), sur l'industrie du textile, que l'organisme a bloqué pendant six ans [3]. Son tout premier film, le documentaire Seul ou avec d'autres (1962), coréalisé à l'université, avait représenté le Canada à la Semaine de la critique de Cannes en 1963 [5]. Il avait aussi tourné des fictions inspirées du film de gangsters, comme La Maudite Galette (1972), Réjeanne Padovani (1973) et Gina (1974), puis réalisé Le Confort et l'indifférence (1982), prix de la critique québécoise, et Le Crime d'Ovide Plouffe (1984), qui marque son retour au cinéma commercial après dix ans [3].

Après Le Déclin, Arcand enchaîne avec Jésus de Montréal (1989), prix du jury à Cannes, dix prix Génie et nommé à son tour à l'Oscar [3]. Ses films de langue anglaise, Love and Human Remains (1993) et Stardom (2000), sont jugés moins réussis par l'Encyclopédie canadienne [3]. Le retour aux personnages du Déclin, avec Les Invasions barbares, lui apporte sa plus grande consécration.

Le titre a encore servi en 2018 : La Chute de l'empire américain reprend l'écho du Déclin, mais Britannica le décrit comme un thriller satirique sur la cupidité dans la société contemporaine, et non comme une suite [4]. En 2023, Postes Canada a présenté un timbre en son honneur, en le décrivant comme l'un des cinéastes canadiens les plus célébrés à l'étranger [5].

Questions fréquentes

Le Déclin de l'empire américain a-t-il gagné un Oscar ?

Non, Le Déclin a été nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, sans le remporter. C'était la première nomination d'un film québécois dans cette catégorie. Sa suite, Les Invasions barbares, a remporté cet Oscar en 2004.

Où se déroule l'action du film ?

L'action se partage entre Montréal et une maison de campagne au bord du lac Memphrémagog, dans les Cantons-de-l'Est. Les femmes discutent dans un centre sportif du centre-ville, les hommes préparent le repas à la campagne. Tous se retrouvent ensuite pour le souper.

Les Invasions barbares est-il une suite ?

Oui, Les Invasions barbares (2003) est la suite du Déclin de l'empire américain. On y retrouve plusieurs personnages, joués par les mêmes acteurs, réunis autour de Rémy, malade d'un cancer. L'Âge des ténèbres (2007) complète la trilogie.

Qui joue dans Le Déclin de l'empire américain ?

La distribution réunit Dominique Michel, Dorothée Berryman, Louise Portal, Geneviève Rioux, Rémy Girard, Pierre Curzi, Yves Jacques, Daniel Brière et Gabriel Arcand. Plusieurs de ces comédiens reprennent leur rôle dans Les Invasions barbares. Le film est écrit et réalisé par Denys Arcand.

Combien de prix Génie le film a-t-il remportés ?

Le film a remporté huit prix Génie en 1987, selon l'Encyclopédie canadienne. Parmi eux figurent ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario original. Il a aussi reçu le prix FIPRESCI à Cannes en 1986.

La Chute de l'empire américain est-elle une suite du Déclin ?

Non, La Chute de l'empire américain (2018) n'est pas présentée comme une suite. Britannica la décrit comme un thriller satirique sur la cupidité, dont le titre fait écho au Déclin. La suite véritable est Les Invasions barbares (2003).

Pourquoi le film s'appelle-t-il Le Déclin de l'empire américain ?

Le titre reprend la thèse énoncée au début du film par l'historienne Dominique. Selon elle, une civilisation obsédée par le bonheur individuel est en déclin, comme Rome ou la France d'avant la Révolution. Le film applique ironiquement cette idée à ses personnages.

Sources

  1. thecanadianencyclopedia.ca — https://thecanadianencyclopedia.ca/en/article/decline-of-the-american-empire
  2. cfe.tiff.net — https://cfe.tiff.net/content/films/declin-de-lempire-americain
  3. thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/denys-arcand
  4. britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Denys-Arcand
  5. canadapost-postescanada.ca — https://www.canadapost-postescanada.ca/blogues/personnel/perspectives/timbre-denys-arcand/
  6. festival-cannes.com — https://www.festival-cannes.com/f/les-invasions-barbares

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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