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La zina dans l'islam et les musulmans du Canada

Par la rédaction de fornication.infoVérifié le Lecture : 10 min17 sources
Illustration : un médaillon avec un Coran ouvert, devant le château Frontenac à Québec, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que dit l'islam sur les relations sexuelles hors mariage ?

Le Coran interdit la zina, c'est-à-dire les relations sexuelles hors mariage ; la sourate 17 (verset 32) demande même de ne pas s'en approcher. Au Canada, où vivaient près de 1,8 million de musulmans en 2021, ces règles relèvent de la conscience religieuse : le droit canadien ne sanctionne pas ces relations entre adultes consentants.

Sommaire
  1. Qu'est-ce que la zina dans les sources islamiques ?
  2. Comment les écoles juridiques l'interprètent-elles ?
  3. Que prévoit le droit canadien ?
  4. Combien de musulmans vivent au Canada et au Québec ?
  5. Pourquoi l'Ontario a-t-il écarté l'arbitrage religieux en 2005 ?
  6. Comment le Québec a-t-il réagi ?
  7. Comment les jeunes musulmans canadiens concilient-ils normes religieuses et vie sociale ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Qu'est-ce que la zina dans les sources islamiques ?

La zina désigne toute relation sexuelle entre un homme et une femme qui ne sont pas unis par un mariage valide ; le mot arabe recouvre donc à la fois ce que le français distingue en fornication et en adultère. Le verset le plus cité est le 32e de la sourate 17 (Al-Isra) : il ne se borne pas à interdire l'acte, il demande aux croyants de ne pas s'en approcher et le présente comme une chose honteuse et une mauvaise voie [1]. Cette formulation vise l'approche autant que l'acte lui-même, ce qui la relie aux règles de pudeur formulées ailleurs dans le Coran.

La sourate 24 (An-Nour) développe ces règles. Les versets 30 et 31 demandent aux hommes puis aux femmes croyants de baisser le regard et de préserver leur chasteté ; le second ajoute des prescriptions sur la tenue des femmes [2]. Le verset 2 fixe la sanction : cent coups de fouet pour la femme et l'homme coupables, sous les yeux d'un groupe de croyants [3].

Le même chapitre protège aussi la réputation des personnes. Le verset 4 punit de quatre-vingts coups de fouet celui qui accuse une femme chaste sans produire quatre témoins, et déclare son témoignage irrecevable pour l'avenir [3]. Enfin, les versets 32 et 33 encouragent à marier les célibataires et demandent à ceux qui n'en ont pas les moyens de rester chastes jusqu'à ce que Dieu les enrichisse [4]. Le texte associe ainsi l'interdit à une incitation au mariage.

La zina : textes, interprétations et statut au Canada

RepèreCe que dit le texte ou la règlePortée au Canada en 2026
Coran, sourate 17, verset 32Ne pas s'approcher de la zina, décrite comme un acte honteux et une mauvaise voieNorme morale et religieuse, sans effet juridique
Coran, sourate 24, verset 2Cent coups de fouet pour la femme et l'homme coupablesAucune valeur juridique
Coran, sourate 24, verset 4Quatre témoins exigés de l'accusateur, sinon quatre-vingts coups de fouetAucune valeur juridique
Doctrine classique des hududLapidation de la personne mariée, flagellation de la personne non mariée ; peines écartées en cas de douteAucune valeur juridique
Code criminel, art. 150.1Consentement possible à partir de 16 ans, avec exceptions de proximité d'âgeSeule règle pénale applicable
Arbitrage familial en OntarioUne sentence fondée sur des principes religieux n'est pas exécutoireRègle en vigueur
Mariage religieux au QuébecEffets civils seulement si le célébrant est reconnu et autoriséRègle en vigueur

Comment les écoles juridiques l'interprètent-elles ?

Les juristes classiques ont rangé la zina parmi les hudud, ces infractions dont la peine est réputée fixée par Dieu, mais ils ont entouré leur application de conditions très strictes. Selon la synthèse de l'Encyclopædia Britannica, le droit islamique traditionnel prévoit la lapidation pour le coupable marié et cent coups de fouet pour le coupable non marié, tandis que l'accusation non prouvée (qadhf) est punie de quatre-vingts coups [5]. La flagellation vient du Coran ; la lapidation, qui n'y figure pas, repose sur des récits attribués au Prophète.

L'un de ces récits, celui de Māʿiz, est devenu un cas d'école. Selon l'historienne du droit Intisar Rabb, dont le livre est présenté par la revue La Vie des idées, le Prophète aurait d'abord tenté de détourner cet homme de ses aveux répétés, puis regretté qu'on ne l'ait pas laissé partir [6]. Les juristes y ont lu un modèle : chercher le doute plutôt que la sanction.

Ce « principe du doute » a pris une grande ampleur entre le XIe et le XVIe siècle. Il couvre le doute sur les faits, l'ignorance excusable de l'interdit et la divergence légitime entre interprétations ; une minorité, dont les zahirites, les premiers hanbalites et certains juristes chiites rationalistes, s'en méfiait [6]. Joint à l'exigence de quatre témoins, il rendait la peine coranique très difficile à prononcer.

Aujourd'hui, l'interdit moral reste largement partagé, tandis que la question pénale divise. Une enquête du Pew Research Center publiée en 2013 montre qu'au moins trois quarts des musulmans jugent immorales les relations avant ou hors mariage dans 29 des 36 pays où la question a été posée ; les plus tolérants se trouvent en Europe du Sud et de l'Est et en Afrique subsaharienne, comme la Bosnie-Herzégovine (26 % de réponses « acceptable ») [7]. Au Canada, où aucune de ces peines n'est applicable, l'interdit relève uniquement du plan moral et spirituel.

Que prévoit le droit canadien ?

Le droit canadien ne punit pas les relations sexuelles consenties entre personnes non mariées ; il réprime les actes non consentis et protège les mineurs. L'article 150.1 du Code criminel fixe à 16 ans l'âge à partir duquel le consentement peut être invoqué. Il prévoit une exception pour un jeune de 14 ou 15 ans lorsque le partenaire a moins de cinq ans de plus, et pour un jeune de 12 ou 13 ans avec un écart de moins de deux ans, à condition qu'il n'y ait ni rapport d'autorité ou de confiance, ni exploitation [8]. La version consultée est à jour au 30 septembre 2026.

Les règles coraniques n'ont donc aucune traduction pénale au Canada, et aucune autorité religieuse n'a le pouvoir d'infliger une peine. Pour un musulman pratiquant, la zina reste un péché dont il répond devant Dieu, éventuellement devant sa famille ou sa communauté, mais pas devant l'État. La situation juridique d'ensemble est détaillée dans notre article sur la fornication et la loi au Canada.

Combien de musulmans vivent au Canada et au Québec ?

Le recensement de 2021 a dénombré 1 775 715 musulmans au Canada, soit 4,9 % de la population, contre 579 640 (2,0 %) en 2001 [9]. L'islam est la deuxième religion déclarée du pays, loin derrière le christianisme (53,3 %) mais devant l'hindouisme (2,3 %) et le sikhisme (2,1 %) [10]. La population musulmane est aussi très jeune : l'âge médian des musulmans est de 30 ans, contre 41 ans pour l'ensemble des Canadiens [9].

L'Ontario compte 942 990 musulmans (6,7 % de sa population) et le Québec 421 710 (5,1 %), devant l'Alberta (202 535) et la Colombie-Britannique (125 910) [9]. Parmi les pays de naissance les plus fréquents figurent le Pakistan (12,7 %), l'Iran (5,8 %), le Maroc et l'Algérie (4,2 % chacun) [9].

La présence musulmane est ancienne mais longtemps marginale. L'Encyclopédie canadienne relève 13 musulmans au recensement de 1871, 645 en 1931 et 33 370 en 1971, ainsi que la construction en 1938, à Edmonton, de la première mosquée du pays, Al Rashid [11]. Les fidèles sont majoritairement sunnites, avec des minorités chiites, dont les ismaéliens rattachés à l'Aga Khan, et environ 70 % d'entre eux vivent dans les régions de Toronto, Montréal et Vancouver [11].

Pourquoi l'Ontario a-t-il écarté l'arbitrage religieux en 2005 ?

L'Ontario a renoncé à l'arbitrage religieux en matière familiale parce que le gouvernement a jugé qu'une seule loi devait s'appliquer à tous, après un débat où la défense des droits des femmes a pesé lourd. La Loi de 1991 sur l'arbitrage permettait de soumettre un litige privé à un arbitre choisi par les parties. En 2003, un projet d'arbitrage fondé sur la charia a déclenché une controverse publique [11].

À l'été 2004, le procureur général Michael Bryant a confié à Marion Boyd, ancienne procureure générale néo-démocrate, l'examen de ces mécanismes. Son rapport de décembre 2004 formulait plus de 45 recommandations ; il ne relevait pas de preuve de discrimination envers les femmes et proposait de maintenir l'arbitrage religieux des litiges familiaux et successoraux, assorti de garanties [12]. Le rapport rappelait que l'Ontario admettait déjà des arbitrages religieux juifs et ismaéliens [15].

Le 11 septembre 2005, le premier ministre Dalton McGuinty a pris le contre-pied : tout arbitrage religieux, y compris juif ou chrétien, serait interdit. Il a résumé sa position par la formule « There will be one law for all Ontarians », soit une seule loi pour tous les Ontariens [12]. Le Congrès juif canadien a dit ne pas avoir été consulté, le juriste Anver Emon a estimé que les garanties proposées valaient mieux qu'une médiation non encadrée, et la coalition opposée à l'arbitrage religieux a salué une victoire [12].

La règle actuelle découle de la réforme législative adoptée en 2006. Selon le site du gouvernement ontarien, mis à jour le 30 avril 2026, un tribunal ne peut faire exécuter qu'une sentence rendue selon le droit canadien ; une décision fondée sur des principes religieux n'est pas une sentence d'arbitrage familial valide, même si les parties peuvent la suivre volontairement [13]. Un responsable religieux peut arbitrer s'il a suivi la formation requise et applique la loi ; chaque partie doit avoir reçu un avis juridique indépendant, et un dépistage de la violence familiale précède la procédure [13].

Comment le Québec a-t-il réagi ?

Le Québec a pris position avant même la décision ontarienne : le 26 mai 2005, l'Assemblée nationale a adopté une motion de la députée libérale Fatima Houda-Pepin s'opposant à « l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada » [14]. Présentée avec des députées de Terrebonne et de Lotbinière, la motion a été adoptée à l'unanimité et transmise aux autres parlements du pays [14][15].

Au Québec, le mariage religieux peut produire des effets civils, mais seulement s'il est célébré par un célébrant reconnu par la loi et autorisé, que l'on peut vérifier dans le registre du Directeur de l'état civil [16]. Un imam habilité célèbre donc un mariage valable aux yeux de l'État ; une cérémonie célébrée par une personne non autorisée reste un engagement religieux sans effet juridique. Le ministre du culte peut aussi refuser de célébrer une union qui ne remplit pas les conditions de sa religion [16].

Les débats québécois sur l'islam ont ensuite porté sur la place des signes religieux plus que sur la sexualité : la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables (2007-2008), le projet de Charte des valeurs de 2013, puis la Loi sur la laïcité de l'État adoptée en 2019 [11].

Comment les jeunes musulmans canadiens concilient-ils normes religieuses et vie sociale ?

Les données disponibles montrent une population très attachée à son identité religieuse, y compris chez les jeunes, sans permettre de mesurer précisément ses comportements amoureux. L'enquête de l'Institut Environics, menée auprès de 600 musulmans de novembre 2015 à janvier 2016, indique que 84 % jugent leur identité musulmane très importante et que 48 % fréquentent la mosquée au moins une fois par semaine, contre 41 % en 2006 ; la hausse de la fréquentation est la plus nette chez les jeunes [17].

Les perceptions restent partagées : 38 % des répondants estiment que les jeunes musulmans sont moins religieux que leurs parents, 15 % qu'ils le sont davantage [17]. Chez les femmes de 18 à 34 ans, 60 % portent un couvre-chef religieux en public, contre 53 % de l'ensemble des musulmanes. Sur d'autres questions de morale sexuelle, l'écart générationnel apparaît : 47 % des 18-34 ans pensent que l'homosexualité devrait être acceptée par la société, contre 36 % de l'ensemble [17].

L'enquête ne pose aucune question sur les fréquentations ou les relations avant le mariage, et aucune statistique publique canadienne ne les mesure chez les musulmans. Il serait donc hasardeux d'avancer un chiffre. Ce que l'on peut constater, c'est la coexistence d'une norme religieuse exigeante et d'un cadre juridique neutre qui laisse chacun libre de ses choix, au Québec comme ailleurs au Canada. Au Québec, les musulmans interrogés se disent aussi très fiers d'être Canadiens (77 %, en hausse de 30 points depuis 2006) [17].

Questions fréquentes

La zina est-elle punie par la loi au Canada ?

Non. Le Code criminel ne réprime pas les relations sexuelles consenties entre adultes non mariés ; il fixe l'âge du consentement à 16 ans, avec des exceptions de proximité d'âge. L'interdit coranique relève donc de la conscience religieuse et de la vie communautaire, sans aucun effet pénal.

Le mariage religieux musulman est-il reconnu au Québec ?

Oui, à condition qu'il soit célébré par un célébrant reconnu par la loi et autorisé, inscrit au registre du Directeur de l'état civil. Le mariage a alors les mêmes effets qu'un mariage civil. Une cérémonie célébrée par une personne non autorisée reste un engagement religieux sans valeur juridique.

Qu'a recommandé le rapport Boyd en Ontario ?

Le rapport de Marion Boyd, remis en décembre 2004, recommandait de maintenir l'arbitrage religieux des litiges familiaux et successoraux en l'entourant de garanties. Il comptait plus de 45 recommandations et ne relevait pas de preuve de discrimination envers les femmes. Le gouvernement McGuinty a pourtant choisi, en septembre 2005, d'interdire tout arbitrage religieux.

Que dit exactement la sourate 17, verset 32 ?

Le verset demande aux croyants de ne pas s'approcher de la zina, qu'il qualifie d'acte honteux et de mauvaise voie. Il ne fixe aucune peine : la sanction figure dans la sourate 24. Sa formulation vise l'approche autant que l'acte lui-même.

Combien de témoins le Coran exige-t-il pour accuser quelqu'un de zina ?

Quatre, selon la sourate 24, verset 4. Celui qui accuse une femme chaste sans produire ces quatre témoins encourt lui-même quatre-vingts coups de fouet et perd le droit de témoigner. Les juristes classiques ont ajouté le principe selon lequel le doute écarte la peine.

Un imam peut-il arbitrer un litige familial en Ontario ?

Oui, mais seulement en appliquant le droit ontarien et canadien, après avoir suivi la formation exigée des arbitres familiaux. Une sentence fondée sur des principes religieux n'est pas exécutoire devant les tribunaux. Chaque partie doit en outre avoir reçu un avis juridique indépendant.

Combien de musulmans vivent au Québec ?

Le recensement de 2021 en a compté 421 710, soit 5,1 % de la population québécoise. Le Québec est la deuxième province pour le nombre de musulmans, après l'Ontario (942 990). À l'échelle du Canada, ils sont 1 775 715, soit 4,9 % de la population.

Sources

  1. quran.com — https://quran.com/17/32
  2. quran.com — https://quran.com/24/30-33
  3. quran.com — https://quran.com/24/2-4
  4. quran.com — https://quran.com/24/32-33
  5. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shariah/Penal-law
  6. laviedesidees.fr — https://laviedesidees.fr/The-Art-of-Not-Punishing
  7. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2013/04/30/the-worlds-muslims-religion-politics-society-morality/
  8. laws-lois.justice.gc.ca — https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/section-150.1.html
  9. www150.statcan.gc.ca — https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-627-m/11-627-m2024058-fra.htm
  10. www150.statcan.gc.ca — https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/221026/dq221026b-fra.htm
  11. thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/islam
  12. lawtimesnews.com — https://www.lawtimesnews.com/news/general/no-more-faith-based-arbitration/258767
  13. ontario.ca — https://www.ontario.ca/page/family-arbitration
  14. mcgill.ca — https://www.mcgill.ca/arbitration/files/arbitration/debats.pdf
  15. theglobeandmail.com — https://www.theglobeandmail.com/news/national/quebec-squashes-idea-of-islamic-tribunals/article20422505/
  16. quebec.ca — https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/mariage-union/mariage/demarches/celebrants-competents
  17. environicsinstitute.org — https://www.environicsinstitute.org/docs/default-source/project-documents/survey-of-muslims-in-canada-2016/final-report.pdf

Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.

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