Pourquoi les Québécois se marient-ils moins ?

Pourquoi les Québécois se marient-ils moins qu'ailleurs au Canada ?
Le Québec a célébré environ 22 700 mariages en 2025, contre 53 967 en 1972, selon l'Institut de la statistique du Québec et le démographe Benoît Laplante. Au rythme de 2025, 26 % des hommes et 29 % des femmes se marieraient avant 50 ans, contre près de 90 % au début des années 1970.
Sommaire
Combien de mariages célèbre-t-on au Québec ?
Environ 22 700 mariages ont été célébrés au Québec en 2025, soit 1,5 % de moins qu'en 2024 (23 066), selon le bulletin de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) publié en septembre 2026 [1]. Le chiffre exact, encore provisoire, est de 22 711 [1]. Ce niveau varie peu depuis le début des années 2000, entre 22 000 et 23 500 mariages par année hors pandémie [1].
La pandémie a fait exception. Le nombre de mariages est tombé à 11 326 en 2020 et à 14 708 en 2021, avant de revenir à 22 908 en 2022 [1]. Malgré ce retour à la normale, le niveau reste faible au regard de l'histoire, comme le montre la section suivante.
L'indicateur le plus parlant est la probabilité de se marier. Si les comportements de 2025 se maintenaient, 26 % des hommes et 29 % des femmes se marieraient au moins une fois avant 50 ans [1]. Ces indices sont stables depuis trois ans, après une baisse entre 2012 et 2019 ; ils tournaient auparavant autour de 29 % chez les hommes et de 32 % chez les femmes [1].
L'union civile, créée en 2002 comme autre forme d'union officielle, reste marginale. Seules 83 unions civiles ont été conclues en 2025, le plus bas niveau depuis sa création, contre un sommet de 342 en 2003 [1].
Mariages célébrés au Québec
| Année | Nombre de mariages | Source |
|---|---|---|
| 1972 | 53 967 | Benoît Laplante, INRS (2011) |
| 2009 | 22 046 | Benoît Laplante, INRS (2011) |
| 2019 | 22 284 | Institut de la statistique du Québec |
| 2020 | 11 326 | Institut de la statistique du Québec |
| 2021 | 14 708 | Institut de la statistique du Québec |
| 2022 | 22 908 | Institut de la statistique du Québec |
| 2024 | 23 066 | Institut de la statistique du Québec |
| 2025 (provisoire) | 22 711 | Institut de la statistique du Québec |
Depuis quand le mariage recule-t-il ?
Le mariage recule au Québec depuis le début des années 1970, après un sommet de plus de 50 000 célébrations par année [1]. Benoît Laplante, démographe à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), relève 53 967 mariages en 1972 et 22 046 en 2009 [2]. Selon l'ISQ, le nombre de mariages a diminué de plus de moitié en trois décennies, puis s'est stabilisé au début des années 2000 [1].
Le changement est plus spectaculaire encore pour la probabilité de se marier. Au début des années 1970, les indices de nuptialité avoisinaient 900 pour mille, ce qui signifie qu'environ neuf personnes sur dix se mariaient avant 50 ans [1]. En 2025, elles sont moins de trois sur dix.
Le mariage s'est aussi déplacé dans le temps. L'âge moyen au premier mariage atteint 33,2 ans chez les hommes et 31,7 ans chez les femmes en 2025, soit 7,6 ans et 8,3 ans de plus qu'en 1971 [1]. L'écart entre l'âge moyen des hommes et celui des femmes au premier mariage s'est réduit dans le même temps, de 2,1 ans en 1971 à 1,4 an en 2025 [1]. En 1975, les taux de premier mariage culminaient à 22 ans chez les hommes et vers 20 ou 21 ans chez les femmes ; en 2025, les âges les plus fréquents sont 30 ans et 28 ans [1].
Le recensement confirme la tendance du côté des couples. Entre 1981 et 2021, le nombre de couples mariés a diminué de 17 % au Québec, alors qu'il augmentait de 26 % dans l'ensemble du Canada [3].
Comment le Québec se compare-t-il au reste du Canada ?
Le mariage recule partout au Canada, mais le Québec est la province où il pèse le moins dans la vie de couple. En 2021, 57,3 % des couples québécois étaient mariés, contre 77 % des couples canadiens [3]. Sans le Québec, la part des couples en union libre au Canada n'aurait été que de 17 % [3].
À l'échelle canadienne, le nombre de mariages a culminé à 200 470 en 1972, avant de redescendre à 146 121 en 2019 [4]. En 2020, année de pandémie, le Canada n'en a compté que 98 355, le plus bas niveau depuis 1938 [4]. L'âge moyen au premier mariage y est passé d'environ 28 ans au début des années 1990 à 32 ans en 2020 [4], une évolution proche de celle du Québec. L'Encyclopédie canadienne indique que le taux de nuptialité canadien est passé de 10,9 pour 1 000 habitants dans les années 1940 à 4,7 après le tournant du millénaire [5].
Le taux de nuptialité du Québec est nettement inférieur. Selon une étude du ministère de la Justice du Canada publiée en 2026, il est passé de 4,1 pour 1 000 habitants en 1991 à 1,3 en 2020, contre 2,6 pour l'ensemble du Canada cette année-là [4]. L'année 2020 est atypique, car le Québec y a connu la plus forte baisse du nombre de mariages des provinces (-49 %) [4].
L'écart tient surtout au choix de l'union libre. L'article l'union libre au Québec en chiffres montre que 42,7 % des couples québécois vivaient en union libre en 2021, contre 22,7 % au Canada [3].
Quel rôle joue la sécularisation ?
La sécularisation est le facteur le plus souvent cité, car le mariage québécois était d'abord une institution religieuse. L'Encyclopédie canadienne observe qu'à partir des années 1960, pendant la Révolution tranquille, les Québécois ont moins souvent choisi le mariage religieux et plus souvent l'union libre [5]. Pour Laplante, le rejet plus marqué de la religion au Québec a entraîné celui d'un mariage perçu comme religieux [2].
La baisse de la pratique a été plus rapide au Québec qu'ailleurs. Selon le Pew Research Center, qui s'appuie sur les Enquêtes sociales générales, 48 % des Québécois assistaient à un service religieux au moins une fois par mois en 1986, contre environ 17 % en 2011, une chute de 31 points [7]. Dans l'ensemble du Canada, la proportion est passée de 43 % à 27 % entre 1986 et 2010 [7].
Le lieu de la célébration en témoigne. En 2025, les ministres du culte n'ont célébré que 35 % des mariages québécois ; les célébrants désignés, les notaires et les greffiers en ont célébré près de 65 % [1]. La célébration civile du mariage n'existe au Québec que depuis 1968 [2].
La sécularisation n'explique toutefois pas tout. En 2011, 44 % des habitants de la Colombie-Britannique se déclaraient sans religion, contre 12 % des Québécois [7] ; pourtant, en 2021, seulement 18,0 % des couples britanno-colombiens vivaient en union libre, contre 42,7 % des couples québécois [3]. Le retrait de la pratique religieuse au Québec s'est donc accompagné d'un recul du mariage plus net qu'ailleurs, ce qui renvoie aussi à des facteurs juridiques et culturels. L'évolution religieuse plus large est décrite dans l'article sur les Canadiens sans religion au recensement de 2021.
Le droit québécois rend-il le mariage moins attractif ?
Le droit a pu renforcer la tendance, en donnant au mariage des effets plus lourds que l'union de fait. Laplante rappelle que la Loi sur le divorce de 1968 a permis aux Québécois de divorcer devant les tribunaux, et que celle de 1985 a ouvert la voie à des pensions alimentaires sans terme entre ex-conjoints [2]. Le partage obligatoire du patrimoine familial, adopté en 1989, est selon lui la disposition qui a le plus transformé le mariage [2].
À l'inverse, l'union de fait a longtemps laissé chacun libre de ses biens. Dès 1978, le Conseil du statut de la femme recommandait de respecter la liberté de choix des couples, position devenue celle du gouvernement [2]. Laplante estime que le législateur a « accompagné le phénomène sans le précéder » [2]. Il compare même l'union de fait québécoise au mariage romain, fondé sur la vie commune plutôt que sur une cérémonie, qui réapparaîtrait une fois retirée la couche du droit canonique [2].
Cette différence de traitement a été contestée en justice. Dans l'affaire Éric c. Lola, cinq juges de la Cour suprême du Canada ont reconnu que l'exclusion des conjoints de fait du droit de la famille était discriminatoire, tout en la jugeant constitutionnelle [10]. Le régime d'union parentale, en vigueur depuis le 30 juin 2025, a ensuite créé un patrimoine partagé pour les conjoints de fait qui deviennent parents [11], ce qui réduit l'écart entre mariage et union de fait pour les familles (voir le régime d'union parentale).
Les motivations exprimées vont dans le même sens. Selon l'Enquête sociale générale de 2017, citée par l'Institut Vanier de la famille, les Canadiens de 25 à 34 ans en union libre invoquaient d'abord le fait que cette situation leur convenait (37,8 %), puis leur manque de croyance en l'institution du mariage (24,3 %) [6].
Qui se marie encore aujourd'hui ?
Les personnes nées à l'étranger occupent une place croissante parmi les mariés. En 2025, 47 % des mariages célébrés au Québec unissaient au moins une personne née à l'étranger : 25 % deux personnes nées hors du Canada et 22 % un couple mixte [1]. Parmi l'ensemble des personnes qui se sont mariées, 36 % étaient nées à l'étranger, contre 19 % en 2001 [1].
Les mariages tardifs sont plus fréquents. En 2025, 11 % des personnes qui se mariaient pour la première fois avaient 50 ans ou plus [1]. Les cinq âges les plus fréquents ne regroupent plus qu'un peu moins du tiers des premiers mariages, signe d'un calendrier beaucoup plus étalé qu'en 1975 [1].
Les couples de même genre représentent 3 % des mariages. L'ISQ en a compté 777 en 2025, dont 426 entre deux femmes et 351 entre deux hommes, le niveau le plus élevé depuis leur légalisation [1]. Les autres mariages, soit 21 934, unissaient un homme et une femme [1].
Questions fréquentes
Combien de mariages par an au Québec ?
Environ 22 700 en 2025, selon les données provisoires de l'Institut de la statistique du Québec, et 23 066 en 2024 [1]. Le nombre se situe entre 22 000 et 23 500 par année depuis le début des années 2000, hors pandémie. Il dépassait 50 000 au début des années 1970.
Le mariage civil est-il plus fréquent que le mariage religieux ?
Oui. En 2025, près de 65 % des mariages québécois ont été célébrés par un célébrant désigné (28 %), un notaire (18 %) ou un greffier (18 %), contre 35 % par un ministre du culte [1]. La célébration civile n'est possible au Québec que depuis 1968 [2].
Les Québécois divorcent-ils plus que les autres Canadiens ?
Oui, du moins selon les dernières comparaisons officielles repérées. En 2002, Statistique Canada estimait que 47,6 % des mariages québécois se termineraient par un divorce avant leur 30e anniversaire, contre 37,6 % au Canada [9]. L'indice québécois atteignait encore 49,9 divorces pour 100 mariages en 2008, dernière année de la série de l'ISQ [8].
À quel âge se marie-t-on au Québec ?
En 2025, l'âge moyen au premier mariage est de 33,2 ans pour les hommes et de 31,7 ans pour les femmes [1]. C'est 7,6 ans et 8,3 ans de plus qu'en 1971. Les âges les plus fréquents sont 30 ans chez les hommes et 28 ans chez les femmes.
Le mariage entre personnes de même sexe est-il fréquent au Québec ?
Il représente 3 % des mariages, soit 777 célébrations en 2025, un sommet depuis sa légalisation [1]. Le Québec le permet depuis mars 2004, d'après les notes de l'ISQ [8], et la loi fédérale l'a étendu à tout le Canada en 2005 [5].
L'union civile attire-t-elle encore des couples ?
Très peu. L'ISQ n'a enregistré que 83 unions civiles en 2025, le plus bas niveau depuis la création de cette union en 2002 [1]. Elles représentent environ 0,4 % des unions officielles, contre un sommet de 342 en 2003.
Pourquoi les jeunes Canadiens choisissent-ils l'union libre ?
Ils disent surtout que cette situation leur convient. Selon l'Enquête sociale générale de 2017, 37,8 % des 25 à 34 ans en union libre donnaient cette raison et 24,3 % évoquaient leur manque de croyance en l'institution du mariage [6]. Ces chiffres portent sur l'ensemble du Canada.
Sources
- statistique.quebec.ca — https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/mariages-quebec-2025.pdf
- espace.inrs.ca — https://espace.inrs.ca/id/eprint/8902/1/Laplante2_2011.pdf
- www150.statcan.gc.ca — https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/220713/dq220713b-fra.htm
- justice.gc.ca — https://justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/pf-jf/2026/tmd-mdt/index.html
- thecanadianencyclopedia.ca — https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/marriage-and-divorce
- vanierinstitute.ca — https://vanierinstitute.ca/wp-content/uploads/2024/04/La-famille-compte-2024-c-est-au-Quebec-et-au-Nunavut-que-les-unions-libres-sont-les-plus-repandues.pdf
- pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2013/06/27/canadas-changing-religious-landscape/
- statistique.quebec.ca — https://statistique.quebec.ca/fr/produit/tableau/nombre-de-divorces-et-indice-synthetique-de-divortialite-quebec-1969-2008
- www150.statcan.gc.ca — https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/040504/dq040504a-eng.htm
- policyoptions.irpp.org — https://policyoptions.irpp.org/fr/?p=271333
- quebec.ca — https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/mariage-union/union-parentale/a-propos
Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux.


